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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 11:15

Né aux alentours du dixième siècle, le haïku s'épanouit au Japon au dix-septième siècle... Mais qu'est-ce donc que cette forme minuscule, qui fascine  notre modernité ? Dix-sept syllabes, réparties en 5/7/5 : magie des nombres premiers... Et, comme en une miniature, comme un un bouquet, comme en l'agencement parfait d'une forme minimale, c'est tout un univers que se dessine.

Tout un univers, toute une philosophie aussi. Voici ce que j'en ai compris :

Le haïku s'écrit au présent, souvent même avec des phrases nominales. Il ne décrit pas, il nomme, il évoque – et c'est le rapprochement des mots, des noms, qui crée la magie, la poésie, et fait sens.

 

Lenteur du jour –

un faisan

s'installe sur le pont.

                 (Buson)

Il n'interprète pas, il dit. Et ce faisant, il fait exister, à la manière d'une peinture. Les choses sont là, présentes, sensibles, sans la moindre transcendance, sans la moindre symbolique. L'on est bien loin des « Correspondances » de Baudelaire : aucune « confuse parole », aucune signification cachée, que le poète, ou le lecteur, devrait décrypter... Pure présence de l'objet : fleur, animal, brume, fumée, montagne, rivière... Tout cela dessine un paysage, sacré en lui-même, mais vide.

Et ces objets, parfois, comptent parmi les plus humbles (et l'on songe à Ponge, évidemment, et à son Parti Pris des choses... mais Ponge essayait de faire parler les mots, leur forme, ou encore parfois d'interpréter le réel : rien de tout cela dans le haïku) : le navet, la casserole, le crapaud, la grenouille, l'araignée...

Sur le crottin de cheval

les fleurs tombées du prunier rouge

on les dirait embrasées

                       (Buson)

 

La sensation elle-même se traduit fugitivement, par la métaphore :

Une fleur tombée

remonte à sa branche !

Non c'était un papillon

(Moritake)

 

Enfin, et surtout, cette poésie refuse l'effusion lyrique, la confession des sentiments. Elle dit « je », parfois, et l'on devine la joie du printemps, la mélancolie d'un hiver pluvieux et glacé...

 

Un monde de douleur et de peine

alors même que les cerisiers

sont en fleur

                       (Issa)

 

 Mais tout est dit au travers d'un objet, d'une sensation, d'un reflet de lumière. Parfois même c'est une mini-histoire que l'on nous livre :

 

Je rentrais

furieux offensé –

le saule dans le jardin

(Ryôta)

 

La simple présence du saule, silencieuse, à peine visible, suffit à réconcilier l'homme (le poète ?) avec lui-même, et lui rend sa sérénité.

 

L'on pourrait parler d'une poésie objective, impersonnelle, si elle ne nous touchait au plus profond du coeur. Peut-être s'agit-il seulement de pudeur, de retenue...

 

Ne serait-ce pas là l'épicurisme le plus pur ? Rechercher la sérénité de l'esprit, sa liberté, dans les plaisirs les plus simples, les plus immédiats, les plus « naturels », en éliminant de soi toute source de trouble : la peur, la colère, la tristesse. Ne jouir que de la présence pure, sans la moindre transcendance, sans la plus petite trace de croyance en un monde « autre », hors du réel. Adhérer sans réserve à cette réalité-ci, sans réticence, même dans ce qu'elle peut comporter de négatif – et c'est peut-être moins Épicure que Nietzsche ici... La pluie, le froid, la tristesse même. Et parfois la cruauté :

Un moineau épuisé

au milieu

d'une troupe d'enfants

(Issa)

 

Et la sérénité vient de l'acceptation du monde, de la réalité telle quelle :

La voix qui crie après un cheval

fait partie de la tempête

sur la lande d'hiver

(Kyokusui)

 

Et c'est une joie profonde, immédiate, qui naît soudain de ces poèmes :

Point du jour –

l'alouette chante

du fond de la pluie

(Issa)

 

Au milieu de la plaine

chante l'alouette

libre de toutes choses

(Bashô)

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