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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 11:19

Je n’aime guère les chiens. Certains, les plus petits, peuvent être drôles, têtus, charmants. D’autres, les plus gros, m’attendrissent quand ils ont peur.

Mais je n’aime pas leur veulerie, qui lèche la main d’un maître qui les bat ; et j’aime encore moins leur façon de vivre en meute, de s’acharner tous ensemble, en aboyant et en hurlant, sur une victime abattue…

 

Le chat, lui, vous regarde avec une indifférence royale quand vous lui racontez des sottises. Il vous fixe de ses yeux énigmatiques… et soudain vous vous sentez ridicule. Le chat peut aimer jusqu’à la mort ; il se donne sans compter à celui qu’il a choisi. Mais il n’a pas de maître. Il ne tolère pas l’injustice, et vous le fera comprendre en partant majestueusement bouder – et si vous insistez, gare au coup de patte, précis et impitoyable ! Le chat ne se laisse pas embrigader : jamais félin ne chassa en meute, ni ne miaula de concert, pour imiter ses congénères. Il délimite son territoire, et malheur aux intrus. Il vit en bonne intelligence avec ses semblables, sauf lorsque les tourments de l’amour le poussent à se battre pour une belle. A Rome, sur le Largo Argentina, trois cent cinquante chats, vaccinés et castrés, coulent des jours paisibles dans une république idéale, sans policiers ni prison, sans violence ni mouvements de foule.

Le chat sait, au millimètre près, la bonne distance : infiniment proche, infiniment indépendant et libre.

 

J’ai découvert le hérisson grâce à la philosophie : Schopenhauer, d’abord, qui dans une fable peut-être sibérienne, met en scène un couple d’amis. Il fait froid, il gèle : nos deux compères grelottent, à distance l’un de l’autre. Pour se réchauffer, ils se rapprochent ; mais s’ils viennent à se toucher, ils se piquent mutuellement. Alors, de tâtonnement en tâtonnement, ils s’écartent, puis reviennent l’un vers l’autre, jusqu’à ce qu’ils trouvent enfin la bonne distance : celle où ils seront assez près pour se tenir chaud, et assez éloignés pour ne pas se blesser. Schopenhauer voyait là une métaphore de l’amitié – et peut-être de l’amour.

Michel Onfray, lui aussi, voue une intense sympathie au petit rongeur, oublié, dit-il des fabulistes, Ésope, Phèdre, et La Fontaine. Pour cette capacité de trouver « la bonne distance », mais aussi pour sa réaction lorsqu’on l’agresse. Il ne griffe pas, ne mord pas, ne réplique rien. Il se met en boule, réalisant une sphère parfaite, hérissée de piquants. Et tant pis pour la meute, qui, frénétique, hystérique, hurle contre lui ! qu’un chien avance le museau ou la patte, et la sanction est immédiate. Alors, les attaquants, las de s’égosiller pour rien, et de tourner autour sans trouver la faille, finissent par se lasser et abandonnent le terrain…

Suave mari magno… dit Michel Onfray, après Lucrèce. Protégeons-nous des agressions, et du bruit du monde. Imitons le hérisson.

 

Mais, serais-je tentée d’ajouter, n’oublions pas de vérifier, avant de nous rouler en boule, que nous ne sommes pas sur une autoroute. Contre un trente-huit tonnes, la protection est inopérante…

 

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