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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 14:32

 Le silence régnait dans l'immeuble. Marianne n'entendait plus les crachotements de la chaîne hi-fi de son jeune voisin, ni le ronron de l'aspirateur, ni le moindre bruit de pas. Elle se sentait la tête lourde : elle avait beaucoup lu, un peu écrit - des lettres en retard, une correspondance sans grand intérêt - et avait vaguement essayé de ranger le capharnaüm qui lui tenait lieu de bureau. Mais les piles de feuillets disparates, les livres aux pages cornées (elle avait beau collectionner les signets, ils disparaissaient tous par enchantement dès qu'elle en avait besoin !), les stylos hors d'usage et les règles ébréchées l'en avaient vite découragée. Elle se sentit morose et désemparée, et résolut d'aller faire un tour.

Mais à peine eut-elle posé le pied dehors qu'une sorte de peur la saisit. L'air semblait vibratile, d'une épaisseur inhabituelle ; la lumière elle-même était différente, opaque, oppressante.

Elle longea sa rue, en direction du centre-ville. Le bruit de ses pas résonnait péniblement à ses oreilles, accentuant son malaise ; mais, parvenue à la grand-place, elle s'arrêta, incapable d'aller plus loin. Le parking était vide ; l'église se découpait, nue et nette, sur un ciel impitoyablement bleu. Pas une mobylette ne pétaradait, pas un joueur de pétanque ne gesticulait autour d'un quelconque cochonnet, pas un enfant, pas même un chien. Tout autour de l'esplanade, qui paraissait avoir démesurément grandi, les magasins n'offraient que le spectacle lugubre de leur rideau baissé ou de leur vitrine aveugle. Sur la façade de l'unique cinéma de la ville, des affiches déjà jaunies commençaient à se décoller.

Marianne traversa la place, le coeur battant, se forçant pour ne pas courir. Elle se jeta dans la rue commerçante : mais là aussi, les maisons que l'animation des vitrines ne maquillait plus laissaient voir leur visage défait, ridé, presque déjà mort. La poussière ternissait les pavés; dans les vasques, les fleurs assoiffées penchaient leur tête lasse. Et pas un bruit.

Marianne retraversa la place, courant cette fois sous l'emprise d'une angoisse incontrôlable, se rua à la Poste. Derrière leur comptoir, deux employées silencieuses la regardaient, figées dans une immobilité qui semblait devoir durer des semaines. Elle voulut téléphoner, essaya tous les numéros dont elle put se souvenir : mais la sonnerie retentissait interminablement dans un appartement désert, ou bien la voix impersonnelle d'un répondeur lui faisait savoir que "Monsieur ou Madame X se trouvaient absents pour le moment ; qu'elle veuille bien laisser un message..." Elle raccrochait.

Alors le désespoir l'envahit. Elle se précipita chez elle, essaya frénétiquement de capter une émission de radio ; mais aucun son ne sortit de l'appareil, et l'écran de sa télévision resta impitoyablement gris.

Elle s'effondra sur son lit, serrant dans ses bras l'ours en peluche de son enfance, le coeur broyé par le désir affolant d'une présence. Elle était seule.

Le mois d'août venait de commencer.

 

La Ferté-Bernard, août 201…

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