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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 09:52

Il paraît que le débat est lancé sur "l'identité française". Ah bon ? Cela mérite donc un débat ? Faudrait-il défendre "l'identité française"  comme un climat en perdition ou une espèce menacée ?
Mais qu'est-ce donc que l'identité française ??
Il me semble que sa première caractéristique, la plus constante, la plus riche, c'est le métissage, la capacité à absorber toutes les influences venues d'ailleurs.
Identité gauloise, celtique, donc, aux tous premiers temps... Certes ! Certes ! Mais déjà, la fondation de Marseille, l'importance du commerce, faisaient pénétrer toutes les influences de la Grèce et de la Méditerranée ; très vite, poteries étrusques et grecques, huile d'olive, épices vinrent enrichir et enchanter le quotidien des princes et des élites. Puis vint Rome, la conquête de César (bien plus féroce que ne le dit Astérix, et que lui même ne le raconte dans le Bellum Gallicum ; et il inaugurait ainsi une autre constante, moins glorieuse, de notre "identité française" : les défaites humiliantes, tragiques, qui à intervalle régulier allaient ponctuer notre Histoire,...) Avec Rome et la romanisation, c'est l'univers entier qui fit irruption dans notre Gaule, par la guerre, certes, mais aussi et surtout par la culture et le commerce.
Passons sur la suite, une longue succession d'invasions, jusqu'à l'empire de Charlemagne... mi-germanique, mi-gaulois, tant et si bien que nos amis allemands peuvent le revendiquer autant que nous.
Et les Normands, ne font-ils pas partie de notre identité ?
La France n'existait pas encore, qu'il lui fallait compter en son sein des Normands, des Bretons bretonnant ou parlant le gallo, des Francs et des Germains, les descendants des Romains... et de leurs esclaves, c'est-à-dire des hommes et des femmes dont les ancêtres venaient de tout le monde connu, des confins de l'Asie ou de l'Egypte à l'Afrique, et même aux lointaines contrées de Thulé.
Française pure jus, j'aime l'idée de compter, parmi mes plus lointains ancêtres, des archer scythes ou des gladiateurs parthes, des mauritaniens, des germains, des daces, nombre de Romains, des commerçants étrusques, égyptiens ou phéniciens, des Grecs, et peut-être même, qui sait... un gaulois !
Puis vinrent les grandes navigations ; la France étendit démesurément ses frontières - il en reste quelques confettis sur la carte du monde. Et du coup, la "Francitude" s'agrandit d'autant. Réunionais, Malgaches, Africains francophones, Antillais, Martiniquais, Guadeloupéens, lointains habitants de St-Pierre-et-Miquelon au Nord, des Kerguelen au Sud, tous sont également français, tous participent à cette identité française aussi multiple qu'insaisissable... Aimé Césaire, Léopold Sedar Senghor, et aujourd'hui Marie N'Diaye ont tout autant contribué à construire notre littérature que les auteurs de métropole.
Et puis, il y a les migrants, arrivés par vagues successives, et qui tous ont apporté dans leur bagage des manières de vivre, des mots, des façons de s'habiller, de manger, souvent aussi leur religion et leur culture : Espagnols et  Italiens, Polonais, Maghrébins, aujourd'hui Comoriens ou Afghans... La métropole aussi est multicolore, et nous avec. Il suffit d'une soirée au restaurant pour s'en apercevoir : n'avons-nous pas le choix entre paëlla, pizza, choucroute, cuisine chinoise et plus récemment japonaise ou africaine, etc. ? Mieux encore : nombre de maîtresse de maison a appris à faire le couscous ou les nems aussi naturellement que le pot-au-feu...

Donc notre identité est multiple, multicolore, métisse par nature.

On peut à présent essayer de définir son contenu. C'est quoi, être français ?
- C'est d'abord une langue ; mais là encore, pas une langue figée, prétendument pure, c'est-à-dire morte. La langue s'est toujours enrichie de tous les apports venus du monde entier.
- C'est aussi, essentiellement, des valeurs. Non que nous en ayons l'exclusivité ; mais du moins nous reconnaissons-nous en elles – et pour commencer celles de la République, inscrites au fronton de tous nos monuments :
    - La Liberté. Inutile de dire que la surveillance à tout va dont nous sommes l'objet, et trop souvent les victimes consentantes, me semble totalement contraire à l'identité française. Caméras de surveillance, test ADN pour un oui et surtout pour un nom, fichages en tous genres, représentent à mes yeux le déni de ce que "l'identité française" représente à mes yeux. Sans parler, bien sûr, des "contrôles au faciès", de la politique du chiffre dans nos commissariats, des garde-à-vue démultipliées, de la répression à tout va, de la frénésie qui fait pondre une loi à chaque fait divers...
    - L'égalité : il n'est pas très "français" de vouloir, au nom du libéralisme, que les plus riches deviennent toujours plus riches, et les pauvres toujours plus pauvres ; qu'une masse croissante de la population n'ait accès ni aux soins, ni au logement, ni aux études ; que le "bouclier fiscal" épargne les plus aisés, alors que l'impôt et les taxes les plus lourdes frappent ceux qui gagnent le moins. Il me semble pourtant que la France, un moment, avait dit "non" à un Ancien Régime fondé sur ces inégalités...
    - La fraternité : fermer nos frontières, rejeter les plus pauvres, renvoyer des enfants et des adolescents dans des pays en guerre par charters entiers, inventer un "délit de solidarité" (Pétain n'aurait pas fait mieux !), c'est un véritable crime contre l'identité française.
- On peut également ajouter d'autres valeurs,  comme la laïcité, conçue comme le droit pour chacun de pratiquer sa religion dans la sphère privée – ou de ne pas en avoir.

L'identité française, c'est d'abord l'ouverture aux autres, la curiosité, la fraternité, l'accueil - le goût de l'innovation, des remises en question.
Rien ne lui est plus contraire que le repli frileux et égoïste sur soi-même, la défiance de l'autre, la volonté de construire des murs, de se barricader, de refuser tout mélange et toute évolution.
A moins de vouloir identifier la France uniquement à son côté sombre - qui existe aussi, hélas ! : exploitation cynique des plus faibles, soumission veule aux plus forts, crispation sur les privilèges, délation, haine des jeunes, des vieux, des étrangers, des pauvres... rancœur et ressentiment, petites peurs mesquines, racisme... tout ce qui a mené au pétainisme et à la collaboration, tout ce qui entache "l'identité française" d'une honte durable.

Mais si "l'identité française" ce devait être cela, alors franchement, je préfèrerais y renoncer, et me dire, tout simplement, "citoyenne du monde" !

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