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Un été de braise (Juillet-octobre 1793)

 

Silvère se trouvait à l'ancienne abbaye Saint-Vincent, transformée depuis peu en caserne, lorsqu'il reçut un mot de sa sœur : François venait d'être libéré, aucune charge n'ayant pu être trouvée contre lui.

"Le coquin a de la chance ! se dit-il. Bien d'autres sont encore en prison, qui le méritent bien moins que lui !..."

Elisa lui mandait également qu'elle espérait se marier à la fin de l'année. "J'espère que tu oublieras tes rancœurs pour te joindre à nous", écrivait-elle. Silvère haussa les épaules. Qui sait où il serait à ce moment là !... Les affaires de la République tournaient si mal, entre les armées étrangères prêtes à déferler, et les brigands qui accumulaient les succès de manière fort inquiétante, que l'on ne pouvait rien prévoir pour l'avenir. Il se souvenait d'une phrase prémonitoire de Sallet à le Courier Patriote : "C'est désormais une guerre à mort"...

Le journal lui-même était moribond : depuis plusieurs numéros, il lançait des appels désespérés à ses souscripteurs, de moins en moins nombreux.

Il connut un bref regain de succès lorsque les textes de la nouvelle Constitution arrivèrent au Mans, vers la mi-juillet. Chacun voulait s'informer directement, et ce fut un moment de grande effervescence.

Lorsque Silvère entra à la Société Populaire, le 13 juillet au soir, une grande animation y régnait déjà.

"Une constitution si vite ! grommelaient quelques esprits chagrins, parmi lesquels il reconnut quelques bons bourgeois, notamment Maître Bonnefoy ;à peine plus d'un mois depuis que la Montagne a les coudées franches... Que dis-je, un mois ! Huit jours ! Elle a été rédigée en huit jours, entre le deux et le dix juin !... Et quinze jours pour la discuter à la Convention !...

– Cela n'a rien d'étonnant, répliqua Silvère. Elle n'a rien de compliqué ni d'alambiqué ; ce n'est que la pure traduction de principes déjà bien anciens...

– N'empêche que pour un texte si important, il faut plus de réflexion, de concertations...

– Pourquoi faire ? renchérit Joachim. Il suffit de laisser parler sa conscience...

– chut ! chut ! firent des voix. La séance commençait.

Le président commença par un très bref préambule qui refaisait l'historique de la Constitution et en montrait la portée ; au grand soulagement de l'auditoire, il parut pressé lui-même d'en venir aux faits, et il lut le préambule à un silence profond. Celui-ci consistait en un rappel solennel des droits de l'homme et du citoyen ; chaque article fut salué par des acclamations ; et une véritable ovation s'éleva, lorsque fut lu le dernier :

"Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs."

Le droit à l'insurrection ! Toutes les révoltes de la faim, la marche des taxateurs, les émeutes de juin, légitimées !... La joie des sans-culottes éclata bruyamment ; l'on se mit à chanter, à se congratuler. Le président laissa passer l'émotion quelques instants ; il savait bien qu'il ne pourrait obtenir le silence. Enfin, l'enthousiasme se calma quelque peu ; il put reprendre.

"– Et maintenant, Citoyens, je vais vous donner lecture de l'Acte constitutionnel proprement dit. Je vous demande toute votre attention...

ARTICLE 1 : La République est une et indivisible...

– Et voilà pour les brigands fédéralistes qui voulaient la découper en morceau, cria quelqu'un.

Il y eut alors un murmure : tout le monde se souvenait de la visite des députés du Calvados ; d'aucuns se sentaient mal à leur aise.

– hé bien, conclut le président, grâce à cet article, de telles dérives ne seront plus possibles. A toute proposition de ce genre nous n'aurons plus qu'un mot à opposer : la Constitution.

– Et nos piques ! clama Joachim ...

La lecture des articles se poursuivit plus calmement ; l'un d'eux suscita pourtant encore une vive discussion :

"Nul citoyen n'est dispensé de l'honorable obligation de contribuer aux charges publiques", disait l'article 101. Il y eut des remous du côté des femmes :

"Comment ? mais nous n'avons déjà rien à manger, nous sommes à la misère la plus noire... et il faudrait encore payer des impôts ? Ces messieurs savent-ils, à Paris, qu'on ne saurait tondre un œuf ?"

Il y eut quelques rires, et aussi des exclamations :

"C'est vrai ! Nous sommes trop pauvres ! Même le roi n'avait pas osé...

– Vous jugez mal, citoyennes, répliqua le président. Songez à ce qu'il adviendrait si toute une classe de citoyens étaient exclus de la contribution publique... Cela deviendrait des sous-citoyens, des hilotes, qui bientôt n'auraient plus aucun droit de participer aux affaires de l'État... Souvenez-vous, il n'y a pas si longtemps, l'odieuse distinction entre citoyens actifs et passifs..."

Des huées accueillirent ce funeste souvenir. Chacun se rappelait les luttes de l'ancienne Société Fraternelle pour abolir distinction si révoltante.

– C'est Robespierre en personne qui a résolu le problème, continua le président. Il a suggéré que la société donne le nécessaire à tous ceux qui ne pourront se le procurer par le travail. Ainsi, chacun sera en mesure de contribuer aux finances publiques...

– En somme, ironisa un jeune bourgeois, la République vous ôtera d'une main ce qu'elle vous aura donné de l'autre !

– Peut-être... mais du moins, personne ne sera exclu de l'honneur d'être citoyen !"

Il y eut une longue ovation à la fin de cette lecture. Tous étaient époustouflés, sidérés : cette Constitution, c'était exactement celle qu'ils avaient rêvée, celle pour laquelle ils se battaient depuis quatre ans, celle qui brillait à l'horizon de tous les philosophes depuis un siècle. Fille des Lumières, elle consacrait enfin l'absolue souveraineté du Peuple, l'égalité parfaite de tous les hommes, même les plus pauvres. Elle constituait, enfin, le point culminant de la Révolution.

"Mais elle est inapplicable ! protestèrent certains, toujours les mêmes. C'est une constitution pour les Dieux, pas pour les hommes ! Comme le contrat social de Rousseau !

– Non seulement elle est applicable, répliquèrent les autres, mais il faut la mettre en pratique, et sans attendre ! Elle consacrera notre victoire ! Elle fera taire les Brigands, et les peuples de l'Europe se soulèveront pour elle contre leurs tyrans... et ceux-ci seront bien obligés de nous laisser en paix !"

Finalement, ce fut l'enthousiasme qui l'emporta, tant à la Société populaire que à les assemblées primaires, animées par des membres du club, et qui se réunirent à chaque district pour adopter solennellement l'Acte Constitutionnel, ce qui devait être fait pour le 10 août suivant.

 

Sur ces entrefaites, le Courier Patriote cessa de paraître. Silvère en eut de la peine ; il connaissait de vue ses principaux journalistes, Sallet, qu'il avait côtoyé à l'affaire de Chemillé, où celui-ci effectuait des reportages, Boyer, musicien de talent et fin écrivain... Lui-même avait donné parfois des articles au journal, quand sa plume le démangeait... Surtout, il avait vécu en direct la naissance et la vie du journal, du moins tout le temps qu'il avait travaillé chez Pivron. Il avait lu et corrigé les épreuves avant tout le monde, et c'était un peu de lui-même qui disparaissait.

Il en était là de ses réflexions, lorsque son vieil ami Pierrot vint le voir un jour de permission.

"Ça par exemple ! Un revenant ! Cela fait des mois que je ne t'avais vu...

– Hé ! J'étais à Paris ! C'est là-bas que tout se passe...

– Et te voilà de retour ?

– Il le faut bien, pour quelques temps. Mes parents ne sont plus jeunes, et ma mère est malade. Mais sais-tu que j'ai un projet extraordinaire..."

Il semblait tout excité :

"Tu connais la nouvelle ? ajouta-t-il ; Le Courier vient de casser sa pipe.

– Je ne vois là rien de réjouissant, répondit Silvère assez froidement.

– Hé ! Moi non plus ! Un journal qui disparaît, c'est un peu de liberté qui se tait... Mais justement, cela m'a donné une idée !

– Une idée ?

– Mais oui ! Si on le faisait revivre, ce bon vieux Courier...?

– Le faire revivre ? Mais comment ? Il est mort faute de lecteurs, c'est donc qu'il manquait un public...

– C'est là justement le point ! Il faudrait l'élargir, ce public, le rendre plus fidèle, l'intéresser davantage... Tu sais, j'ai bien réfléchi. Le problème de ces journaux, le Courier, mais aussi les autres, les Affiches, le Défenseur..., c'est qu'ils s'adressent à peu de gens, en définitive... Une petite élite bourgeoise, qui sait lire... et qui a le choix pour s'informer, par exemple à les journaux parisiens... Non ?

– Si tu veux... où veux-tu en venir ?

– Hé bien, si tu veux les attacher à un journal, il faut que celui-ci leur offre quelque chose qu'ils ne trouveront pas ailleurs, quelque chose qui les force à l'acheter chaque fois qu'il paraît... Une exclusivité... Je ne sais pas, moi, un roman inédit qui paraîtrait par petits bouts...

– Ce serait beaucoup trop long et lassant !

– Mais non ! Il suffirait d'adapter le roman à ce type de publication... Une histoire avec plein de rebondissements, par exemple, et qui se passerait ici, à la région...

– Et qui nous l'écrirait, ce roman ? fit Silvère en riant.

– Mais... toi, par exemple ! Tu as toujours dit que tu voulais écrire !

– Oui, certes, tu es bien gentil... Mais j'aimerais mieux écrire des choses plus sérieuses... La vérité que nous vivons est tellement plus intéressante que n'importe quelle fiction !

– Certes, certes... Hé bien, justement, on pourrait aussi imaginer des témoignages directs, vivants... Toi qui es soldat...

– Oui ; Sallet avait eu une idée comme ça...

– Et c'était une idée géniale ! Une idée d'avenir, crois-moi !...

– N'empêche qu'elle n'a pas sauvé le journal...

– Peut-être justement parce qu'il n'a pas continué ! Et puis, il y a autre chose... Toute une frange du public auquel nous ne pensons jamais...

– Et c'est ...?

– Les femmes ! Songes-tu que dans aucun des journaux qui existent, tu entends, aucun, il n'y a de pages spécifiques pour elles ! Pourtant, si on arrivait à les séduire, elles, elles sauraient bien forcer leurs maris à nous l'acheter, notre journal, même si d'aventure on n'avait pas réussi à se les attacher... Les femmes ! Voilà le point...

– Et qu'est-ce que tu veux leur raconter, aux femmes ?

– Tu ne crois pas qu'elles ont leur point de vue particulier, leur manière de vivre les événements bien à elles ? Par exemple, la guerre : nous la vivons d'une certaine façon, nous, parce que nous y allons, ou du moins que nous sommes susceptibles d'y aller. Mais elles, qui restent chez elles, à attendre, tu ne crois pas qu'elles la considèrent de manière radicalement différente ? Et puis, elles sont épouses, et mères ; les enfants, la maison, la cuisine... Les astuces pour dépenser moins, pour tirer parti de tout, avec cette pénurie...

– En somme, la meilleure manière d'accommoder les restes !

– Oui, ris donc... Mais personne ne leur parle de ce qui les intéresse, elles... Et tu sais bien que le meilleur moyen de passionner quelqu'un, c'est de lui parler de lui-même...

– Soit ! Mais tu ne veux quand même pas lancer un journal pour les femmes, avec des recettes de cuisine et des modèles de toilettes ?

– Pas tout un journal, mais quelques pages à un journal qui serait pour toute la famille...

– Et pourquoi pas pour les enfants, tant que tu y es !

– Pourquoi pas en effet ? Je te l'ai dit : pour qu'un journal soit acheté, il faut que toute la famille soit concernée, qu'il y en ait toujours un, le mari, la femme, ou pourquoi pas les enfants, qui ait une bonne raison de vouloir le lire...

– Hé bien, tu ne manques pas d'idées ! Mais concrètement, que comptes-tu faire ? Tu n'es tout de même pas venu me voir seulement pour me proposer d'écrire un roman par petits bouts, ou de raconter mes batailles !

– Évidemment non... Mais écoute, ce qu'il faudrait, au départ, c'est un petit capital... Un peu d'argent pour payer l'imprimeur, l'encre, le papier... Et cet argent, tu pourrais le mettre à l'affaire, non ? Tu serais remboursé, et largement au delà, sur les bénéfices que nous ferions...

– Tiens, tiens ! Et qu'est-ce qui te fait penser que j'ai de l'argent ?

– Cela se voit, tu n'as pas l'air gêné aux entournures ! Et puis, tu le sais, ma fiancée...

– J'ignorais que tu étais fiancé !

– Vraiment ? C'est vrai, cela fait un moment que l'on ne s'est plus vus... Hé bien, je t'annonce que je me suis fiancé avec Sophie Dallier, tu sais, la petite-fille de tes anciens voisins...

– Sophie ? Mais je croyais...

– Oui, je sais, il a été question un moment qu'elle épouse un de ces ci-devant dragons de Chartres... heureusement, cela ne s'est pas fait, l'individu l'a laissée froidement tomber pour émigrer, quand cela a commencé à sentir le brûlé... Elle en est tombée malade de tristesse et d'humiliation, et elle est venue quelques temps chez ses grands-parents. C'est ainsi que je l'ai rencontrée...

– Sophie ! Hé bien, je suis heureux pour elle... et pour toi. Mais cela ne me dit pas comment tu sais...

– Sophie est devenue la meilleure amie d'Elisa ! Elles se disent tout... Voilà comment j'ai su. Elisa et François sont prêts à mettre aussi quelque chose à l'affaire. Et je ne t'ai pas dit... Mais l'idée de s'adresser aux femmes... Elle n'est pas de moi ; c'est Sophie et Elisa qui en ont parlé ! Et Sophie est même prête à se charger de la rédaction !

– Hé bien... Et votre mariage, c'est pour quand ?

– Ma foi, dès que nous pourrons... Probablement en décembre, et sûrement en même temps qu'Elisa et François ! Ce sera une belle fête, non ? Cela n'a pas l'air de te réjouir ? Nous allons refaire la fine équipe de l'étude Bonnefoy...

– Ne te vexe pas, tu n'es pas en cause ; mais je n'ai jamais pu souffrir ce grand François. N'oublie pas que c'est à cause de lui que j'ai quitté Maître Bonnefoy, et en partie que je me suis fâché avec mon père...

– Oh ! je sais, mais peut-être faut-il oublier les vieilles rancunes. Tu sais, il a un peu changé ; il a repris la fabrique avec beaucoup de talent, et il paye plutôt bien ses ouvriers ; et puis, la prison l'a mûri, il est moins arrogant... Je t'assure, il est presque devenu fréquentable.

– Presque ?

– Oui, presque seulement. Je suis comme toi, je ne peux pas lui faire pleinement confiance. Mais que veux-tu, Sophie et Elisa sont très liées, je ne peux guère les en empêcher... C'est le choix d'Elisa, après tout !

– Evidemment, nous ne pouvons que nous incliner... Mais pour en revenir au journal, combien te faut-il ?

– Pour payer l'imprimeur, le libraire, peut-être rémunérer des collaborateurs occasionnels...Si tu pouvais avancer mille francs...

– C'est beaucoup !

– Mais je te le répète, cela peut aussi rapporter beaucoup. Il faut oser investir...

– Écoute ; j'ai besoin d'y réfléchir. En attendant, si nous allions à la taverne ? Nous en profiterions pour rappeler nos souvenirs..."

Ils convinrent de se revoir quelques jours plus tard.

 

L'atmosphère, en ville était houleuse, ces temps-ci. La vie chère, la difficulté d'approvisionnement, faisaient que le pain était encore plus rare – et combien plus mauvais : un infâme mélange de blé, de seigle, et même de pomme de terre et de riz ! – qu'avant la Révolution. Le marché n'offrait presque plus rien, et à des prix tellement élevés que les plus pauvres ne pouvaient payer. La colère grondait, d'autant plus que l'on tardait à mettre en place le fameux maximum, qui fixerait une fois pour toutes le prix du pain. Comment ! L'insurrection du deux juin avait mis en place un gouvernement de Sans-Culottes, et au Mans, l'on tardait à prendre cette mesure de simple humanité !...L'indignation montait au Club, qui se proposait de l'imposer au Département.

Cependant, le Club lui-même se trouvait en butte à une hostilité grandissante, tandis que la réquisition des jeunes gens continuait. Une agitation qui allait s'amplifiant, peut-être influencée par la proximité des Brigands, non seulement ceux de Vendée, mais aussi ceux, beaucoup plus proches, qui commençaient à se manifester un peu partout à l'ouest du département. Vers l'extrême fin du mois de juillet, une insurrection éclata, contre le Conseil Général, où toute une bande de jeunes gens pénétra de force. Il fallut toute la force du vice-président Merlin, qui se trouvait là, pour les calmer, leur enjoindre de respecter la loi, et finalement les convaincre de se retirer.

Silvère se trouvait précisément à la Société Populaire, lorsqu'un grand vacarme éclata à la rue : les manifestants arrivaient, hurlant des slogans contre la réquisition et contre le club. Plusieurs étaient armés, et la situation parut fort sérieuse.

"Il faut nous enfermer, décida le président de séance. Bouchons avec des chaises et des tables chaque entrée. Si le bataillon de la Visitation est débordé, il faudra se battre et retarder leur entrée jusqu'à l'arrivée de renforts..."

Un grand frémissement parcourut l'assemblée ; des enfants qui se trouvaient là avec leur mère se mirent à pleurer, mais à l'ensemble, chacun fit preuve d'un grand sang-froid.

"Nous avons juré de défendre la liberté jusqu'à la mort, dit Silvère. Ce n'est pas une poignée de séditieux qui va nous effrayer !

– Bien dit, fit le Président. Tenons-nous prêt..."

Le vacarme, à la rue semblait de plus en plus fort.

"Il faut aller voir ce qu'il en est, et si possible prévenir le chef du bataillon de notre situation, dit Silvère.

– Et comment feras-tu ? Nous sommes encerclés...

– Par les toits ! En cassant un vitrail, je peux me glisser sur la toiture du couvent, et de là me glisser dehors... Le tout ensuite est de ne pas être vu...

– C'est de la folie ! Tu vas te faire massacrer..."

Mais déjà, Silvère avait glissé une table sous une fenêtre ; Joachim lui fit la courte-échelle, et il put se glisser dehors. Il fallait savoir. Il gagna, en rampant, le toit du couvent, qui dominait l'extrémité de la place des Halles.

Il put voir alors que le bataillon qui gardait la prison avait déjà commencé à prendre position face aux insurgés.

"– C'est tout bon, se dit-il, je n'ai pas besoin d'aller prévenir..."

La foule, composée essentiellement de jeunes gens, avançait toujours, furieuse et en désordre. Mais soudain, elle parut hésiter devant les fusils dressés devant elle. "Feu !" cria le commandant. Les soldats tirèrent en l'air, mais ce fut suffisant pour qu'une énorme débandade s'ensuivît.

Silvère regagna la salle par le même chemin.

"Ils reculent, ils reculent, cria-t-il; les voilà qui se dispersent, c'est fini !"

Alors tous les membres du club sortirent en même temps. Le spectacle qui les attendait leur montra à quelle violence ils venaient d'échapper : en fuyant devant le feu des soldats, les insurgés avaient laissé derrière eux non seulement des banderoles, mais aussi des piques, des couteaux, et des tracts. Silvère en ramassa un, le montra à Joachim.

"Regarde, mon gars, la vieille bête n'est toujours pas morte... A bas le Club, à bas la Réquisition, à bas les Montagnards qui nous envoient au massacre...

– Et nous n'avons encore rien vu, répondit Joachim. A la première alerte, les paysans et la moitié de la ville seraient prêts à se joindre aux Brigands...

– C'est incompréhensible !

– Pas vraiment. Ce sont souvent des gens frustres, qui n'ont rien compris. Ils veulent vendre leur blé au prix qu'ils veulent, quitte à nous affamer. Ils ne veulent pas quitter leur ferme pour aller combattre loin de chez eux... Ils ne nous ont pas pardonné de leur avoir ôté leurs "bons curés" comme ils disent... D'ailleurs, je suis sûr qu'il y en a encore pas mal de cachés, qui leur bourrent le crâne...

– Peut-être... Ce que tu dis des paysans est sûrement vrai, mais ces jeunes gens...

– Des petits bourgeois, qui ne comprennent pas que le temps est passé où l'argent de papa pouvait leur payer un remplaçant !...

– En attendant, il va encore falloir distraire des troupes, des canons, pour nous protéger ici... On en aurait pourtant eu bien besoin en Vendée ou aux frontières !"

 

De bien plus tristes nouvelles arrivaient du front de Vendée. Philippeaux, qui se trouvait chargé de mission, avait assisté, le 27 juillet, impuissant, à la défaite des Ponts-de-Cé ; certes, le lendemain, il avait réussi à imposer un plan un peu plus réaliste au général, et les Brigands avaient été effectivement repoussés, mais la situation restait critique. Il rendait compte à le Défenseur de la Vérité de ses découvertes : "c'est la lâcheté qui nous vaut ces défaites, disait-il. L'armée de l'Ouest est incapable de battre les brigands... Les généraux se comportent comme des satrapes ; quant aux soldats, ils sont trop occupés à piller et à maltraiter les populations civiles pour seulement songer à se battre ! Si nous laissons faire, nous serons définitivement vaincus..."

Malheureusement, ses avertissements n'étaient guère entendus : comme tout un chacun, qui préfère croire les porteurs de bonnes nouvelles plutôt que les oiseaux de malheur, la Convention écoutait plus volontiers deux autres représentants, Richard, de la Sarthe, et Choudieu, qui eux, multipliaient les communiqués de victoire et les nouvelles rassurantes. Thouars venait d'être évacué par les rebelles : allons ! tout n'allait donc pas si mal.

 

Silvère regagna son chez-lui. Justement la nourrice du petit Joachim l'attendait.

"C'est vrai, se dit Silvère, il faut la payer, elle aussi..."

La brave dame l'agaçait souvent avec ses jérémiades. "Tout va mal, décidément, la vie chère, et maintenant les cartes de rationnement, si ce n'est pas une pitié... Et les queues devant les boulangers, dès l'aube... L'autre jour, devant chez Allaire, rue de la vieille Porte, une femme enceinte a même failli être piétinée... Enfin, votre petiot pousse bien, c'est l'essentiel, n'est-ce pas ? C'est qu'il a bon appétit !..." Silvère ne l'écoutait que d'une oreille, pressé de se retrouver seul. Il songeait toujours à ce projet de Pierrot, qui le tentait de plus en plus.

"Un journal, qui s'adresserait à tous, qui expliquerait à tous, simplement, les événements que nous vivons... D'une manière simple, passionnante... et qui aurait un véritable rôle pédagogique, capable de convaincre les plus récalcitrants... Ainsi, peut-être pourrions-nous éviter, du moins en grande partie, les événements lamentables de cet après-midi..."

Il hésita un instant devant sa page blanche, puis se lança. Les mots venaient avec facilité ; il en éprouvait même une sorte de jouissance inconnue... Sous sa plume, les choses prenaient forme, et sens, presque d'elles-même. Il avait même parfois peine à suivre sa pensée, tant les phrases jaillissaient vite et naturellement...

Après une heure de travail, qui passa comme un éclair, il se relut : mais c'est incroyable, se dit-il, j'ai donc du talent... Il plia sa feuille et se rendit chez Pierrot.

Celui-ci se trouvait chez lui.

"Tu sais, lui dit-il... J'ai réfléchi. Ton idée de journal est bonne... Il faut pousser plus avant. Sallet avait raison, avec ses comptes-rendus directs des événements... à deux jours tu auras tes mille francs. Et en attendant, écoute ceci..."

Et il lui lut son premier article. Pierrot sifflota entre ses dents.

"Hé bien... c'est formidable ! J'espère seulement que nous pourrons sortir à temps le premier numéro pour l'insérer dedans."

Silvère promit de se rendre dès le lendemain chez Pivron : il y avait travaillé, il connaissait le directeur, il n'aurait guère de mal à le convaincre d'imprimer leur nouveau journal pour un prix raisonnable. Ainsi fut fait, mais l'affaire menaçait de traîner : François Aigneau ne semblait guère pressé de donner sa cote-part, et l'argent manquait.

"Je te l'avais dit, grommela Silvère. On ne peut pas se fier à ce type-là !

– Tu exagères, répondit Pierrot. Seulement, il a quelques ennuis de trésorerie en ce moment. Et puis, nous n'avons pas la matière rédactionnelle : à part ton article, personne n'a encore rien écrit !"

 

Le mois d'août se passa à un relatif ennui. Tout semblait en panne. Il y avait bien eu une superbe fête patriotique le dix, pour célébrer à la fois l'anniversaire de la République et le vote de la Constitution, et Silvère en avait fait un brillant compte-rendu ; mais celui-ci resta lettre morte, car le journal ne parvenait pas à sortir. Passé le premier enthousiasme, personne ne se décidait à agir ; il manquait toujours les mille francs du grand François, et, faute de mieux, Silvère s'était décidé à proposer ses textes aux Affiches et au Défenseur de la Vérité qui déclinèrent son offre. Il voulut même envoyer ses articles aux journaux parisiens ; mais manifestement, la vie de province n'intéressait guère. Il en fut déçu et vexé.

La loi du maximum, enfin acceptée par le Département, avait provoqué une joie vive, mais de très courte durée : dès le lendemain, les marchés du Mans furent désertés par les paysans, qui préféraient garder leurs grains, plutôt que de le vendre, disaient-ils, à perte. Devant cette pénurie, qui devenait dramatique, on décida des mesures très fermes : tout le blé serait réquisitionné ; on procèderait à un recensement sévère du grain, et l'on obligerait par la force, sous peine de mort, les paysans à approvisionner la ville.

Ce fut alors une guerre larvée entre les campagnes et la cité. Il fallait incessamment envoyer des gardes nationaux et des troupes à les villages pour mâter des rébellions, qui éclataient tant contre la réquisition des jeunes gens que contre celle des grains. Silvère, qui avait rêvé de beaux faits d'armes contre l'armée des Emigrés ou les Brigands, se trouvait contraint à participer à des opérations de police qui le laissaient frustré et mal à l'aise, mais semblaient ravir bon nombre de ses compagnons d'armes :

"Au moins, on ne sort pas du pays !" disaient-ils.

 

Au Mans, une rivalité féroce continuait d'opposer le Département, qui n'osait plus se dire ouvertement fédéraliste ou girondin, mais qui n'en continuait pas moins de professer des positions pour le moins modérées et attentistes, et le club, dirigé par Pottier, Bazin et Roustel, trois jeunes gens ardents et déterminés à en découdre. Entre les deux, la Municipalité tentait de faire bonne figure, ménageant la chèvre et le chou ; une situation difficilement tenable... Vers la fin août circula une pétition de la Société populaire, qui demandait une sévère épuration de l'administration ; le 1er septembre, on apprit la démission du Maire, Négrier, bientôt remplacé par Pottier de la Morandière, qui ainsi, à vingt-deux ans, devenait maire du Mans, et un des principaux personnages de la ville.

Silvère le connaissait bien, et ne l'estimait guère. Il l'avait vu pour la première fois alors qu'il n'était qu'un tout jeune homme : son père était teinturier en étamine, et à ce titre avait eu plusieurs fois affaire avec les Derouet. Mais la crise de cette fabrique l'avait ruiné, et avait fait du jeune Pottier une sorte de déclassé, aventureux et exalté, mais ambitieux et dénué de tout scrupule.

Il l'avait revu sans plaisir excessif à la Fraternelle d'Outre-Pont, où il tentait de faire oublier ses origines aristocratiques par un discours extrémiste et quelque peu démagogique. Silvère avait bien tenté, à plusieurs reprises, d'ouvrir les yeux de ses amis sans-culottes sur cet individu, mais curieusement, il plaisait. Son air jovial, sa faconde lui valaient tous les suffrages et semblaient avoir endormi la méfiance même d'un Joachim. D'ailleurs, Silvère lui-même avait fini par le trouver plutôt sympathique : "une charmante canaille", se disait-il. Et après tout, le jeune Pottier ne manquait certes pas de bravoure : il l'avait montré lors de la randonnée des Taxateurs, où, à la tête d'un détachement, il avait fait preuve d'une témérité qui forçait l'admiration, et d'une astuce qui lui avait permis, d'extrême justesse, d'éviter l'arrestation à la Flèche.

A présent, cependant, il jouissait d'un pouvoir qui ne laissait pas d'inquiéter Silvère ; homme de parti, volontiers sectaire et à peu près dépourvu d'humanité, il appliquerait aveuglément les décrets les plus sévères de la Convention. La Terreur était son affaire.

Comme pour confirmer toutes les craintes, sa première loi fut d'obliger les propriétaires de chaque maison à afficher, à l'extérieur, la liste de toutes les personnes qui y vivaient. La chasse aux suspects, aux insermentés, aux aristocrates, continuait de plus belle, et il y eut, à les jours qui suivirent, une vague sans précédent d'arrestations.

 

Le moment semblait choisi pour lancer un journal : la situation, tant à l'intérieur du département, où les rassemblements hostiles se multipliaient, qu'à l'extérieur, où chaque jour apportait son lot de mauvaises nouvelles, les Vendéens remportant victoires sur victoires, paraissait propice à l'inquiétude et à un besoin d'information. Silvère décida de hâter les choses, de réunir Pierrot et le grand François, afin de se répartir les tâches. Il n'en eut pas le temps : son bataillon partit pour Sablé, une insurrection menaçant de s'étendre au sud-ouest de la Sarthe, vers Avessé et Brûlon.

Le 12 septembre, ce fut chose faite. Une brève charge de cavalerie pour disperser les moins courageux ; une courte poursuite jusqu'à Saint-Denis d'Anjou, et bon nombre d'arrestations mirent fin, en quelques heures, à ce qui menaçait pourtant de devenir une insurrection générale contre la réquisition. Silvère eut à peine à tirer un coup de fusil.

La situation avait cependant paru suffisamment inquiétante pour que le Département fît appel à Thirion, représentant de la Convention en mission à l'Ouest, et qui se trouvait à Chartres. Il était temps en effet de reprendre les choses en mains ; des révoltes éclataient un peu partout, vers Foulletourte et la forêt de Courcelles, vers Saint-Calais et Montdoubleau.

Thirion arriva au Mans le 15 septembre. C'était un gros homme aux favoris noirs, d'un calme remarquable, dissimulant une énergie sans faille. Il commença par rassembler le Conseil général, dont il prit la présidence, ainsi que plusieurs membres de la Commune, du club et du district. Il écouta les uns et les autres, sans mot dire. Puis il énonça quelques mesures d'urgence pour disperser les rassemblements séditieux. D'une phrase, il s'était imposé comme le patron du département.

Le dix-huit septembre, un ordre parvint de Thirion au bataillon du Mans qui se trouvait à Sablé.

"Rassemblement à une heure ! Nous partons pour Angers."

Il y eut d'abord un moment de stupeur et de silence. Puis, des cris fusèrent :

"Ah ! non! Ce n'est pas juste ! On nous a promis que nous resterions à le département...

– Aller se faire tuer à Angers ? Qu'ils se défendent eux-mêmes ! Ils ne sont pas venus nous aider quand la Flèche a été prise...

– Au Mans ! au Mans !..."

Bientôt, le tumulte devint indescriptible. Les officiers, à cheval, passaient à les rangs, s'efforçant en vain de se faire entendre.

– Cela va mal, dit Silvère à un jeune sous-officier avec qui il avait sympathisé. Crois-tu qu'ils vont se mettre en marche ?

– Oh oui... Mais je doute que ce soit pour Angers !

– C'est monstrueux ! Alors que la patrie est en danger, qu'il faudrait unir toutes nos forces pour vaincre... Ces gens-là n'ont pas de conscience !"

 

A ce moment, quelqu'un lança un cri : "Tous au Mans ! Allons-y !" et à un mouvement collectif quasi irrépressible, toute la troupe se mit en marche, au grand dam des officiers qui tentait de l'en empêcher.

Un cavalier se précipita au devant des troupes, et Silvère reconnut l'aide de camp du général Fabrefond, qui commandait le bataillon. "On ne passe pas ! " criait-il, se mettant en travers du chemin, sabre au clair. Mais le flot était tel qu'il fut bientôt bousculé, emporté. Silvère aperçut un soldat qui le couchait en joue avec son fusil ; il n'eût que le temps de se précipiter, et du plat de son sabre fit voler l'arme.

"Etes-vous fou, cria-t-il à l'imprudent. Rompez, rompez !" tandis que lui-même faillit être pris à parti, et dut tenir en respect une bonne poignée d'excités en faisant des moulinets avec son sabre.

Le jeune officier parvint alors à se dégager, et Silvère le rejoignit plus loin.

"Les lâches ! Ils ont blessé mon cheval...

– De toutes façons, on ne peut rien faire à présent. Ils retournent au Mans. Espérons que là-bas, quelqu'un saura leur faire entendre raison..."

 

Dans l'intervalle, Thirion avait reçu une imposante délégation de femmes de soldats, qui demandaient le retour de leurs maris.

"Ce n'est pas juste que des pères de famille soient maintenus sous les armes, alors que tant de jeunes gens célibataires et sans charge d'enfant restent tranquillement chez eux !

– Je ne peux vous donner tort, citoyennes. Soyez sûres que des mesures énergiques seront prises à l'égard des lâches et des déserteurs...

– Alors, ils vont revenir ?

– Dès que cela sera possible, je m'y engage. Toutefois...

– Toutefois ?

– Certains des hommes du bataillon ont eu un comportement séditieux et parfaitement inadmissible. Ceux-là seront traduits en justice, conformément aux lois de la République. Mais tous les autres – les plus nombreux – rentreront chez eux au plus tard à trois jours."

Et dès le lendemain, il chargea Rigomer Bazin, un des membres les plus influents de la Société Populaire, de remplacer les pères de famille par des jeunes gens de dix-huit à vingt-cinq ans.

Silvère, parce qu'il était père d'un enfant, se vit offrir le retour à la vie civile. Il hésita un moment : il aimait assez la vie au grand air, la frugalité de la caserne, la camaraderie qui y régnait, et aussi l'odeur de la poudre et le bruit des combats, et de ce point de vue, il avait été un peu frustré, le bataillon du Mans ayant surtout servi à des opérations de police à le département. Mais une partie allait se jouer en ville, entre les Sans-Culottes et le département, qui promettait d'être animée ; et puis, il y avait ce grand projet de journal... et il aspirait à retrouver le petit Joachim, qui allait maintenant sur ses dix mois, et qu'il faudrait bientôt sevrer. Il accepta donc son congé.

La Terreur, à Paris comme à la Sarthe était à l'ordre du jour, et le Département n'allait pas tarder à en faire les frais. Dès le début du mois d'octobre, Thirion, qui à l'intervalle s'était rendu à Laval, s'étonna que l'on continuât à payer la garde national quarante sous par jour, alors qu'elle avait été assimilée aux troupes de lignes. Enfin et surtout, il accusait l'incompétence d'une administration qui, trois mois après la moisson, était encore incapable de subvenir aux besoins de la population.

"Il faut surveiller, et au besoin incarcérer les administrateurs de la Sarthe", écrivait-il. Cela ne pouvait pas mieux tomber : les Sans-culottes n'attendaient que cela. Dès le six, les principaux administrateurs furent mis sous les verrous, et remplacés par de vrais Montagnards.

Une économie de guerre fut progressivement mise en place : on transforma la ci-devant église Saint-Pierre en arsenal, et on sollicita du Ministre de la Guerre l'établissement d'une manufacture d'armes.

Parallèlement, une vigoureuse déchristianisation fut engagée, qui se marqua surtout par un fait qui devait bouleverser la vie quotidienne : l'établissement d'un nouveau calendrier : à partir du quinze octobre, tous les actes publics et privés seraient datés de la nouvelle ère. Chaque mois, de durée égale, était doté d'un nom pa‹en, évocateur de la Nature : ainsi, l'on se trouvait en "vendémiaire", mois des vendanges, et l'on entrerait bientôt en "brumaire"... Les mois, à un rigoureux souci d'arithmétique, étaient divisés en trois décades ; et pour faire coïncider l'année révolutionnaire avec le cycle solaire, on institua, en fin d'année, des "jours complémentaires" qu'on appela les "sans-culottides". Seuls seraient chômés les "décadis".

"En somme, dirent des esprits chagrins, quoique réalistes, on travaillera plus qu'avant ! C'est un calendrier pour les patrons !"

Le Club, quant à lui, décida qu'il se réunirait au minimum deux fois par décade, les quintidis et les décadis.

Ainsi, la Révolution s'emparait des esprits, à ses repères les plus sûrs et les plus précieux : la mesure du temps. Cela suffirait-il à la faire triompher ?

 

 

 

NOTES :

#Les Affiches du Maine étaient le journal de la droite modérée ; c'était un journal essentiellement d'intérêt local, consacré en grande partie aux annonces légales (ventes, saisies, marchés...) ; le Défenseur de la Vérité était, lui, le journal lancé et rédigé par Pierre Philippeaux. Imprimé d'abord chez Monnoyer, au Mans, il sera ensuite fabriqué à Paris. Il cessera de paraître lorsque son principal rédacteur sera réduit au silence, en décembre 1793.

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