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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 12:41

The Housemaid est un film coréen, sorti le 15 septembre dernier ; un très beau film, avec Jeon-Do-Yeon, Lee Jung-Jae et Youn Yuh-jung...
Une jeune fille un peu naïve, Euny, est embauchée comme aide-gouvernante dans une riche famille ; au début, tout le monde est charmant avec elle, l'époux - un "maître" plutôt séduisant -, l'épouse, enceinte jusqu'aux yeux de jumeaux, la gouvernante en titre... Puis le maître se glisse dans son lit, et tout dérape : avant même qu'elle ait conscience d'être enceinte, la gouvernante la dénonce à l'épouse et à la diabolique mère de celle-ci. Tout le film racontera les efforts vains et désespérés d'Euny pour sauver son bébé, et se sauver elle-même, dans cette terrifiante famille où tout peut se régler par un gros chèque, mais où l'on ne recule ni devant une tentative de meurtre, ni devant un empoisonnement...

 

Plus que l'oppression, le film semble une illustration cruelle de la "servitude volontaire" selon La Boétie : le personnage troublant de la gouvernante, incapable de choisir entre le camp des maîtres et celui des domestiques, et qui réagira trop tard, en est l'incarnation même ; mais Euny elle aussi, aveugle, incapable de fuir à temps malgré les avertissements...

Tout le monde rivalise ici de cruauté et de servilité : le maître, qui peut-être n'eut pas été hostile à Euny et à son bébé, mais qui se contentera d'une vague protestation verbale contre sa belle-mère et sa femme, coupables d'avoir fait absorber à Euny des substances abortives ; la gouvernante, complice active de la belle-mère, avant de tourner casaque ; la belle-mère et l'épouse, victimes consentantes du pouvoir de l'argent – la mère expliquant à sa fille qu'elle doit bien accepter les infidélités du mari, prix à payer pour une vie confortable et riche...

 

Seule étincelle de pureté dans cet univers oppressant : la fillette du couple, polie et respectueuse, qui s'est réellement attachée à Euny, et assistera, pétrifiée d'horreur, à la scène finale...

 

Si le film nous révèle quelques aspects pittoresques de la société sud-coréenne, à demi occidentalisée (le maître joue Beethoven au piano et semble apprécier les grands crus), là n'est pas l'essentiel : ce qu'il donne à voir, ce sont les ravages du pouvoir et de l'argent sur l'individu et la société. Un thème universel et magnifiquement traité.

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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 13:11

Comme d'habitude, nous étions des milliers, peut-être deux millions dans la rue ce 23 septembre, contre la réforme des retraites. Aussi nombreux, plus encore peut-être, que le 7 septembre.

Et rien ne se passera. Comme d'habitude, la police donnera des chiffres ridiculement bas. Comme d'habitude, le gouvernement, autiste et buté, restera "droit dans ses bottes" sans se soucier de la marée montante...

 

"Cap au pire !" C'était le titre d'une pièce de Beckett. Et ce pourrait être la devise du gouvernement Sarkozy.

 

Tout le monde juge cette réforme injuste et inefficace. Même dans son propre camp, les critiques pleuvent ; des propositions, émanant d'hommes et de femmes de l'UMP, se font jour. Mais Woerth et Sarkozy balaient tout d'un revers de main. Tant pis pour les travailleurs usés, épuisés par un labeur pénible et parfois inhumain ; tant pis pour les femmes, soumises à la triple peine de la précarité et des carrières en pointillé, des salaires amoindris, et d'une retraite à 67 ans... Tant pis pour les jeunes écartés de ce fait d'un marché du travail qui ne leur laisse plus aucune place, les seniors contraints à rester à leur poste, et non remplacés quand ils partent... Tant pis pour la société toute entière.

 

C'est à se demander si Sarkozy et consors n'attendent pas, n'espèrent pas, n'appellent pas de leurs voeux une radicalisation des combats, un durcissement des conflits, bref, une explosion sociale qui leur permettrait, croient-ils, d'instaurer un état policier et d'en finir avec la démocratie...

 

Pourtant, la France n'a vraiment pas besoin de cette "grève générale" qui commence à apparaître, dans les cortèges, comme le seul moyen de se faire entendre. Ce serait une catastrophe économique, sociale, politique,  qui nous éloignerait encore un peu plus de cette démocratie apaisée dont le pays a le plus urgent besoin : une démocratie où la négociation ne serait pas dévoyée et biaisée d'avance, mais où chacun, tout en défendant âprement ses intérêts, ne chercherait pas systématiquement à écraser ceux des autres ; une démocratie où chaque proposition serait la bienvenue, et examinée avec bienveillance ; une démocratie où l'affrontement et le rapport de forces ne seraient pas l'unique mode du dialogue... Une démocratie adulte, en somme, où les extrémismes et les va-t-en guerre n'auraient plus leur place.

 

Et dire que cela aurait été possible, à propos des retraites !Tout le monde était d'accord sur la nécessité de réformer ; pour une fois, un consensus était possible, à condition que l'on donnât aux partenaires sociaux les moyens de négocier, et surtout le temps.

Au lieu de cela, Sarkozy et ses sbires ont préféré l'injustice, la violence d'un passage en force, le refus de toute négociation, le mépris de la démocratie.

 

Il ne tardera pas à en payer le prix, dans les rues, et dans les urnes. Il restera dans l'Histoire comme celui qui aura réussi, en moins de cinq ans,après avoir été élu avec 57 % des voix, à devenir le Président le plus honni de la cinquième République, tant en France qu'à l'étranger ; à transformer la formidable machine de guerre qu'était l'UMP en parti croupion, supplétif de l'extrême-droite.

 

Que l'UMP disparaisse, personnellement, je n'en porterai pas le deuil. Mais il est dommage que le prix à payer soit une République abîmée, une démocratie réduite à un champ de ruines, une France affaiblie et déshonorée...

Puissions-nous au moins en tirer les leçons !

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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 08:43

Entendu Xavier Bertrand hier à la télé : "je veux être à la meilleure place possible pour être utile au Président de la République"

Ah bon ? Je croyais, dans ma naïveté, qu'un homme politique souhaiterait être utile à la Nation, à l'État...

Mais non, c'est un homme que Xavier Bertrand entend servir. Un monarque en somme, qui, comme les Rois de France, confond l'intérêt de l'État avec celui de sa propre personne, et considère la France comme un domaine privé qu'il gère comme il l'entend !...

 

Il serait peut-être temps de rappeler à l'ensemble de nos dirigeants quelques principes de base :

- Dans une République, il n'y a qu'un seul et unique souverain : c'est le peuple.

- Celui-ci peut déléguer, pour un temps limité, une partie de son pouvoir à un individu ou à un groupe ; mais il en reste propriétaire.

- Celui qui a reçu mandat du peuple n'a de légitimité qu'autant que ce peuple continue de la lui accorder ; en outre, il devrait avoir à en rendre compte à l'issue de son mandat...

 

Après avoir "détricoté" les acquis du Conseil National de la Résistance – ce qui signifie, en clair, un retour à Vichy – c'est maintenant à la Révolution Française que s'attaquent les oligarques au pouvoir ! Jusqu'où irons-nous dans la régression ?...

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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 17:25

François 1er (1515-1547) est sans doute à la fois le Roi le plus illustre de la Renaissance, et aussi l'un des plus méconnus, tant la légende à son sujet l'emporte sur la connaissance historique.

Robert J. Knecht, professeur émérite à l'Université de Birmingham, retrace chronologiquement son règne, sous tous ses aspects, dans un ouvrage remarquable de 1994, traduit en 1998 sous le titre : "un prince de la Renaissance, François Ier et son royaume" (Arthème Fayard, 697 p.)

François 1er y apparaît sous un jour contrasté, avec ses grandeurs, et ses faiblesses.

 

François 1er fut d'abord un souverain remarquable :

  • Brillant homme de guerre, diplomate retors, il eut à ais les deux plus grands chefs de guerre de son époque, Henri VIII d'Angleterre et Charles Quint. Face aux appétits de ces deux prédateurs, il réussit à peu près à conserver l'intégrité de son royaume, en particulier la Bourgogne - malgré de lourdes défaites et de terribles imprudences.
  • Il a contribué à unifier le royaume, s'efforçant de simplifier et de rationnaliser la fiscalité et la justice, ainsi que l'administration ; malgré l'opposition des Parlements et de quelques grands nobles, comme le connétable de Bourbon, il établit les bases d'une monarchie absolue. On lui doit entre autres l'ordonnance de Villers-Cotterets, qui fit du français la langue officielle du royaume.
  • Il fut le premier Roi de France à s'intéresser aux conquêtes outre-mer, et à concurrencer Espagnols et Portugais sur mer ; il encouragea les explorations de Jacques Cartier en Amérique du Nord.
  • Surtout, il donna à la France un rayonnement artistique et culturel sans précédent ; il fit venir les plus grands artistes d'Italie (Rosso, le Primatice, Léonard de Vinci) et encouragea les artistes et les écrivains français, de Goujon (au Louvre) au poète Clément Marot. Il fit construire ou agrandir de nombreux châteaux (Fontainebleau, le Louvre, Saint-Germain-en-Laye) ; bibliophile et collectionneur, sa bibliothèque personnelle fut l'embryon de la Bibliothèque Nationale (il inventa même le dépôt légal), et sa collection d'oeuvres d'art fut celui du Musée du Louvre. Il fonda également le futur Collège de France (Collège des Lecteurs Royaux).

 

Mais cette oeuvre considérable est aussi ternie par bien des défauts :

  • Il fit souvent passer son intérêt personnel avant ceux de ses sujets, ou de ses voisins ; il n'hésita jamais à renier sa parole, aussi bien pour rejeter un traité pourtant signé, pour trahir ses alliés ou les abandonner quand cela l'arrangeait ; ainsi abandonna-t-il les Princes protestants d'Allemagne...
  • En matière de religion, s'il sembla d'abord éprouver quelque tolérance, à aut de sympathie, pour les Évangélistes et les Réformés, il n'hésita jamais à se livrer à de féroces persécutions lorsque l'alliance ou la bienveillance du Pape lui étaient utiles ; il fit massacrer les Vaudois en avril 1545 sans états d'âme.
  • Il multiplia les guerres, parfois de manière bien imprudente ; obsédé par sa volonté de s'emparer de Milan – ce qu'il ne parvint jamais à réaliser – il fit souvent bon marché à la fois de ses alliances, de ses promesses, de la vie de ses sujet... et des finances du royaume.
  • Perpétuellement à court d'argent, il fit peser sur son peuple une pression fiscale encore inédite.

Un Roi absolu ?

L'ouvrage de Knecht s'achève sur cette interrogation. François 1er prépara Louis XIV, mais ne fut pas Louis XIV. Il dut composer, moins avec la haute noblesse féodale, qu'avec les Parlements de Paris et de Province, qui n'enregistrèrent pas ses ordres sans de vives résistances ; avec l'Université, notamment celle de théologie... et avec les particularismes de toutes sortes.

 

En somme, la France sortit du règne de François 1er plus unifiée, plus prospère et plus prestigieuse qu'elle y était entrée ; mais des menaces se profilaient :

- les persécutions religieuses n'avaient pas fait disparaître l'hérésie, mais avaient au contraire radicalisé les positions ;

- la vente des offices, destinées à renflouer les finances royales, avait créé des dynasties d'officiers propriétaires de leur charge, qui allaient également constituer un contre-pouvoir face au Roi.

 

Pour qui aime l'histoire, et la Renaissance, le livre de Robert J. Knecht est un compagnon indispensable.

 

 

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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 15:34

Rouge Brésil (2001)

Biographie de Jean-Christophe Rufin

 

Docteur en médecine, Jean-Christophe Rufin a également fait Sciences po. Au début des années 1970, il se rend 'incognito' en Ethiopie, pays alors ravagé par la guerre, et rejoint les bataillons humanitaires. Ancien vice-président de Médecins sans frontières, directeur d'Action contre la faim, il a mené de nombreuses missions en Afrique et en Amérique latine. Ces séjours lui inspirent deux romans, tous deux récompensés par un prix Goncourt, le premier par celui du premier roman, et le second par le 'vrai' Goncourt : 'L' Abyssin' et 'Rouge Brésil'. Son militantisme de la première heure ne l'empêche pas de poser un regard critique sur la gestion de l'humanitaire et sur les travers de la démocratie en général. Pour preuve, il fait paraître plusieurs essais analysant finement notre système actuel, et un roman d'anticipation, 'Globalia' en 2004. Jean-Christophe Rufin y imagine un univers si politiquement correct, tellement démocratique, qu'il en devient tyrannique. Il revient très fort en 2007 avec 'Le Parfum d'Adam' dans lequel il s'attaque aux codes du thriller pour signer un roman d'espionnage planétaire. Toujours impliqué dans l'humanitaire, Jean-Christophe Rufin est élu président d'honneur d'Action contre la faim après en avoir quitté la direction. Très attaché à l'Afrique, il est nommé ambassadeur de France au Sénégal le 3 août 2007 sur les conseils de Bernard Kouchner. Le prix Goncourt 2001 semble peu décidé à se reposer sur ses lauriers et, en 2008, il sort une autobiographie / confession attachante : 'Un léopard sur le garrot'. Quelques mois plus tard, il est élu à l'Académie française, prenant ainsi le fauteuil de l'écrivain Henri Troyat.

 

Résumé (Folio n° 3906) :

Deux enfants sont embarqués dans l’expédition de Villegagnon au Brésil ; c’est par leurs yeux que nous assisterons à la traversée, à l’arrivée de Villegagnon sur l’île qui deviendra Fort-Coligny, à la difficile construction du Fort, dans la grande tradition des chevaliers de Malte, spécialistes des fortifications maritimes, du départ peu glorieux de Thévet, et enfin de l’arrivée des Protestants –  dont Léry fit partie –  qui aboutit à une véritable guerre civile au sein de la colonie.

Des deux enfants, l’un, Just, deviendra le protégé de Villegagnon ; l’autre, Colombe, arrivée déguisée en garçon, envoyée auprès des Tupinambas pour apprendre leur langue, finira par vivre avec eux ; après le départ de Villegagnon et la prise de la petite colonie par les Portugais, Just la rejoindra ; durant cinquante ans, ils organiseront la résistance contre les Portugais, avec les survivants de la colonie et les Indiens.

C’est donc un point de vue tout à fait différent de celui de Léry qui s’exprime ici, moins partisan, plus nuancé… Mais l’on peut s’amuser à retrouver des points communs, en particulier dans la description de la faune (le paresseux, p. 566) ou des Indiens. Léry lui-même n’est pas absent du livre, même si son œuvre est réduite à sa plus simple expression (p. 522).

 

André Thévet :

Ce cordelier savant est présenté d’une manière assez ridicule : géographe et navigateur assez piètre, il n’indique que par hasard le chemin de la terre (p. 135-136 ; imbu de lui-même, il ne reconnaît jamais ses erreurs. Il perd toutes ses affaires lors du débarquement sur l’île, supporte fort mal l’absence de luxe et de pompe des cérémonies religieuses, résultat à la fois de la précarité de la colonie, et de l’horreur de Villegagnon pour la pompe catholique ; et il finit par s’en aller sur le bateau qui part en France demander du renfort : la « maladie » invoquée dans ses biographies officielles pour justifier son rapatriement prématuré serait donc de nature diplomatique… (p. 282)

 

Villegagnon

Villegagnon est un chevalier de Malte[1][1] ; le portrait qu’en donne Ruffin est plus nuancé que la charge de Léry ; physiquement, c’est une force de la nature, doué d’une voix puissante ; mais, moralement, il présente quelques failles. Cf. p. 164 : « sous son apparence rugissante, Villegagnon montrait des failles par lesquelles il était facile de s’en rendre maître. Il voulait en faire un page [de Colombe], mais elle avait compris que c’était d’un fou dont il avait besoin. »

Comme beaucoup de catholiques de la première moitié du XVIème siècle, Villegagnon n’est pas hostile à la Réforme : grand lecteur d’Érasme, il déteste la pompe de l’église de Rome, et souhaite revenir à une liturgie plus simple. Il connaît d’ailleurs personnellement Calvin, dont il a été le condisciple ; et c’est lui-même qui écrit au maître de Genève pour lui demander des renforts ! (p. 289-290) ; ce qu’il sait de celui-ci lui fait espérer de fructueuses discussions théologiques qui donneront à sa colonie une vie spirituelle plus riche, et surtout contrebalancera l’influence corrosive des « Truchements Normands » installés sur la terre ferme, et qui vendent femmes et alcool de cahouin aux Français…

Il fait donc partie de ceux qu’on appellera les « moyenneurs », qui souhaitent une synthèse, un compromis et une réconciliation entre les deux camps, et qui ont appelé de leurs vœux le Concile de Trente[2][2], qui s’éternisera et ne tiendra pas ses promesses.

Malheureusement, les Protestants qui débarquent sur l’île ne ressemblent pas à ceux qu’il a quittés en France ; ils sont devenus sectaires et dogmatiques, et prétendront rapidement contester son autorité sur la colonie, et imposer strictement leurs vues, quitte à convertir (ou à chasser) les catholiques présents.

Face à cela, on verra peu à peu Villegagnon se métamorphoser, s’enfermer sur lui-même, se livrer à des excentricités vestimentaires et surtout à une cruauté qui finira de détacher de lui ses partisans (p. 459-461).

En somme, Ruffin inverse les rôles : ce n’est pas la cruauté de Villegagnon qui a suscité la rupture avec les Protestants, mais l’intransigeance de ceux-ci qui a provoqué la dérive de Villegagnon.

Les Protestants :

Dès l’abord, ils sont présentés comme de sinistres « hommes en noir », dont l’attitude, d’ailleurs, est pour le moins ambiguë : ils condamnent essentiellement le luxe dont ils sont eux-mêmes privés, estimant tout à fait anormal, par exemple, que Villegagnon loge dans un gouvernorat, et qu’on leur demande, à eux, de participer à la construction du fort.

Mais l’essentiel est leur intolérance religieuse, qui interdit tout compromis, et finit par rendre la coexistence impossible dans l’île. (p. 386)

Le point d’achoppement le plus rude est le problème de l’eucharistie, clairement décrit par Ruffin (p. 388-389).

 

Les Indiens :

Par opposition au climat délétère de l’île, le monde des Indiens apparaît celui de l’harmonie et de la beauté morale –  Ruffin va plus loin que Léry, dont il méconnaît d’ailleurs la sympathie pour les Indigènes. L’on retrouve des scènes décrites par Léry : la première rencontre, méfiante, la « salutation éplorée » (p. 186), le cahouin (p. 207), et surtout le problème du cannibalisme, p. 242 et 473 : où l’on verra les Indiens, détournés de leur coutume barbare par un Européen qui vit parmi eux, faire grâce à un prisonnier.

Les Indiens seront l’ultime refuge et les derniers alliés des Français en France Antarctique.



[1][1] Ordre religieux, à vocation médicale et humanitaire, fondé en 1080 ; il devient militaire au XIIème siècle, pour protéger les chrétiens de Jérusalem. Apprécié de la noblesse, l’ordre hospitalier reçoit de nombreuses richesses et fonde des commanderies en Occident. En 1291, les chrétiens perdent St Jean d’Acre, et les chevaliers de Malte doivent se replier à Chypre, puis à Rhodes (1310), d’où ils dominent toute la mer Égée. En 1522, assiégés par les Turcs, les Chevaliers quittent la Méditerranée orientale. En 1530, ils s’installent à Malte ; en 1565, ils subissent un terrible siège des Ottomans, mais ils sont secourus à temps par les Espagnols. Enfin, en 1571, les Chevaliers s’illustrent dans la bataille de Lépante, où la flotte ottomane est détruite. Par la suite, ils combattront en Méditerranée contre les corsaires d’Afrique du Nord – et se livreront eux-mêmes à la « guerre de course » : La Valette devient un marché d’esclaves. La plupart des grands amiraux français des XVII et XVIIIème siècle seront des chevaliers de Malte.

[2][2] En 1545, un concile est convoqué à Trente pour régler les problèmes religieux : on l'attendait depuis 1521 ! Il durera 18 ans, se déroulera dans trois villes, et marquera la rupture avec l'église médiévale, et le début de la Contre-réforme. Il entérinera surtout le schisme entre catholiques et protestants, en Allemagne (paix religieuse d'Augsbourg : cuius regio, eius religio, principe qui stipule que tous les sujets d'un État doivent embrasser la religion du Prince), et en France, où les guerres de religion se déchaînent jusqu'en 1598 (Édit de Nantes).

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 16:19

Les foules m’effrayent.

 

Toutes les foules : celles, joyeuses, des stades et des fêtes ; celles, exaltées, des meetings et des cérémonies ; celles, furieuses, des manifestations…

 

La foule, ce n’est plus une collection d’individus, chacun doté d’une raison, d’une initiative personnelle, et, bien sûr, d’un minimum d’esprit critique. C’est un corps unique, monstrueux, aux réactions imprévisibles…

 

L’on peut faire, dans la foule, des gestes dont on se garderait ailleurs : hurler des slogans imbéciles (tout slogan, par définition, est imbécile : formules toutes faites, forcément injustes et fausses… le mot, paraît-il, signifie « cri de guerre ». C’est dire.), chanter, sauter sur place, se mettre à courir ou s’arrêter sans rime ni raison… Cellules, privées d’autonomie,  d’un gigantesque organisme, nous agissons de manière automatique… ayant perdu toute pudeur et tout sens du ridicule. Jusqu’à l’horreur, parfois : combien sont morts, écrasés dans un mouvement de panique ? Chaque année, à la Ka’aba de la Mecque, l’on compte plusieurs centaines de victimes… Et tout récemment, lors de la Love Parade de Duisburg, on a relevé trente-neuf morts, écrasés lors d’un mouvement de panique dans un tunnel…

 

Même si je suis à peu près immunisée contre les exaltations collectives (on ne me fera jamais chanter ni hurler en chœur !), j’ai parfois senti au fond de moi, en de telles circonstances, une dangereuse exaltation Heureusement, un sens aigu du grotesque me servit toujours d’antidote : et immédiatement, je me sentis extérieure, étrangère à cet enthousiasme général, tellement artificiel…

 

Mais ce qui m’effraie le plus, c’est le spectacle de foules en colère, galvanisées par les hurlements hystériques d’un orateur quelconque : sautant sur place, poing dressé, chacun n’est plus alors qu’une bête furieuse prête à tuer, un soldat de n’importe quel Djihad, capable de lyncher l’ennemi qu’on lui aura désigné…

 

Le seul antidote au fanatisme, de quelque bord ou de quelque religion qu’il soit, c’est l’isolement de l’individu avec lui-même. C’est pourquoi politiques et religieux s’acharnent tant à rassembler le maximum de monde, dans les mosquées, les églises, ou les places publiques…

 

Brassens l’anarchiste avait raison :

« Bande à part, c’est ma devise et j’y tiens. Dès qu’on

est plus de quatre, on

est une bande de cons… »

 

Vive l’anarchisme ! Et surtout, vive l’individualité…

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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 16:14

Cher Monsieur Michel Onfray,

 

Votre philosophie m’apporte, en général, plaisir, tonus, accord parfait. Votre définition de l’hédonisme m’agrée, même si je peine épouvantablement à la mettre en œuvre (mais la faute ne vous revient pas. Elle est toute entière de mon côté, parce qu’il n’est pas si facile d’être « sculpteur de soi », que la matière résiste, que les instruments sont parfois mal adaptés, et que l’artiste se fatigue ou renonce… Tout le monde n’a pas, comme Camille, la rage de travailler le marbre-onyx !).

Pourtant, il y a un point qui m’irrite, sur lequel je ne puis être d’accord avec vous.

Vous condamnez la famille (soit), la sexualité réduite à la procréation, elle-même subordonnée à la propagation de l’espèce (d’accord), et le couple, que vous jugez mortifère, aliénant, et pour tout dire insupportable et contraire à un hédonisme bien compris.

 

Et là, comme on le dit vulgairement, « ça coince ». Vous prônez en somme un nomadisme de monade, un célibat solaire, ou du moins ensoleillé de rencontres… à condition que celles-ci ne s’installent pas dans la durée, dans la routine. Peut-être suis-je, personnellement, incapable de telles rencontres, et condamnée donc à une effroyable solitude ? Quoi qu’il en soit, le désert affectif, l’absence d’attache peuvent-ils  être, à la longue, épanouissants ?

 

Vous décrivez le couple comme une prison. Ce n’est pas mon expérience, si réduite soit-elle. Oh ! Bien sûr, trop de couples fonctionnent ainsi, chacun estimant que l’autre lui appartient, et n’a donc pas droit à une existence autonome ; chacun vivant dans la frustration et les rancœurs, toujours plus amères et plus recuites, jusqu’à la haine… Trop aussi confondent les relations de couple avec celles d’un maître et de son valet, ou de son chien ; trop de gens mariés vivent une existence morne, terne, sans estime ni amour réciproques… ne restant ensemble que « pour les enfants », « pour les voisins » ou pour toutes sortes de mauvaises raisons…

 

Mais il y a aussi d’autres manières de vivre en couple ; dans le respect et l’estime, et aussi, ne vous en déplaise, dans la tendresse ; lorsque chacun sait, à l’égard de l’autre, établir cette intersubjectivité cordiale et positive dont vous parlez, lorsque chacun respecte la liberté de l’autre, son autonomie, son désir, parfois, d’être seul ou d’aller ailleurs ; lorsque l’on ne vit pas ensemble comme des frères siamois, mais comme des êtres libres ; lorsque l’on est capable de construire ensemble des projets, de partager des joies, des peines, des découvertes, lorsque se parler demeure le plus grand des plaisirs… lorsque l’on se sent libre, et pourtant encouragé, aimé, attendu… le couple peut-il vraiment être dit mortifère ? Sincèrement, je ne crois pas.

 

La solitude, je l’ai connue. Être seul face à son miroir, sentir l’effrayante vacuité des jours, lorsque personne ne vous attend, que pas une de vos sensations, de vos découvertes, de vos impressions n’intéresse qui que ce soit, que toute expérience perd son sens… alors surgit la tentation d’aller au bout du chemin, et, néant pour néant, d’en choisir un qui du moins abolit la souffrance !

 

Et l’amour ? C’est vrai, un couple comme celui que je décris plus haut ne peut guère se fonder sur la passion amoureuse, trop exclusive, trop possessive, trop destructrice aussi. Mais une telle passion ne dure pas, ou si elle dure, elle s’accommode mal de la cohabitation quotidienne. Il faut plutôt un amour-amitié, qui puisse le cas échéant accepter de partager, de s’éloigner, d’attendre. Quand la philia prend le relais d’Érôs…

 

Il y a de vieux couples, tels Philémon et Baucis, qui ont su préserver l’harmonie et la complicité – encore un mot que vous n’aimez pas ! Philémon n’a-t-il jamais culbuté quelque belle fille sur une botte de paille ? Baucis n’a-t-elle jamais succombé au charme vénéneux de quelque bel ouvrier ? Si, sûrement, et tous deux le savent. Mais ces amours-là ne durent pas ; ils se sont retrouvé, ont apaisé leurs blessures, et ont trouvé entre eux une harmonie où chacun se sente libre mais non pas seul. Et au soir de leur vie, ils rêvent d’une mort qui ne les sépare pas – aucun d’eux ne se verrait veuf…  Alors mieux vaut disparaître ensemble, dans une miséricordieuse métamorphose…

 

Finalement, je me refuse à rien condamner « en soi », ni la famille, ni le couple, ni la procréation – dès lors que règne la « philia », l’harmonie et le respect mutuel. Ce que je condamne, là comme ailleurs, c’est l’envie qui pourrit tout, la haine, la rancune, les relations de pouvoir, la négation de l’autre comme être autonome et libre, le mépris de ses aspirations, le goût de la possession et de la destruction, la jalousie qui transforme l’autre en objet, la mesquinerie, la violence, le viol. La famille, le couple en sont parfois un concentré, c’est vrai. Mais faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain, et rejeter un mode de vie qui en vaut un autre, sous prétexte que tant de gens l’ont gâché ?…

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 15:29

Il n'est pas de jour qui n'amène son lot de scandale, et de motifs de révolte. Dernier "exploit" en date du Président de la République,et de ses fidèles lieutenants, MAM et Brice Hortefeux (qu'on devrait plutôt appeler "boutte-feu") : la stigmatisation systématique de la communauté Rom.

Le comportement de certains Roms pose problème, paraît-il. Alors, n'hésitons pas : renvoyons, au mépris de toutes les conventions internationales, ces hommes, ces femmes et même ces enfants vers des pays où ils sont menacés, victimes de discrimination, quand ce n'est pas pire. Tant pis pour eux, s'ils sont en France depuis longtemps, tant pis pour eux si des familles vont se retrouver écartelées... Tant pis, surtout, si pour la grande majorité d'entre eux, ils sont innocents. On n'est jamais innocent, quand on est pauvre, et qu'on ne vit pas comme tout le monde.

Cachons ces ghettos que l'on ne saurait voir ; vidons les camps illégaux - ils n'ont qu'à se contenter des quelques camps légaux qui existent, même s'il s'agit de vivre, en plein mois d'août, sur une dalle de béton sans ombre à proximité d'un dépôt d'ordures. Après tout, c'est bien assez bon pour eux. A propos de camps, on pourrait bien leur en bâtir d'autre sorte, un de ces jours...

Car ces gens-là, voyez-vous, ils ne sont pas comme nous. D'abord, ils sont pauvres ; ils n'ont pas de maison, pas ou peu de revenus. Leurs enfants, que bien des écoles refusent d'admettre, accumulent les retards scolaires. Les femmes Roms connaissent un taux record de mortalité maternelle et infantile.... Voilà de quoi les montrer du doigt, les parquer le plus loin possible de nous, les haïr - car les pauvres, n'est-ce pas, ce sont les "classes dangereuses"...

Et puis, c'est tellement jouissif, et tellement payant électoralement, de surfer sur les peurs et les fantasmes, les instincts les moins civilisés de nos concitoyens !

Pour paraphraser Montesquieu, admettre que "ces gens-là" sont des êtres humains, serait avouer que nous-mêmes n'en sommes pas, ou plus.

Et le comble du comble, dans le cynisme : envoyer aux campements Roms des inspecteurs du fisc, pour savoir comment ils ont acquis leurs maigres biens, et,  si possible, les pressurer un peu plus, les taxer, les appauvrir encore !

 

Il y a vraiment, en France, des gens dont le comportement est inacceptable. Des gens qui mentent, distribuent places et prébendes à leurs amis,  financent leurs déplacements, leurs cigares, leurs vacances en yacht, ou leurs campagnes électorales d'une manière qui mériterait bien une enquête du fisc ou de la justice - mais l'on se garde bien de nommer un juge d'instruction  ; qui dissimulent des îles ou des comptes en Suisse ; qui passent leur vie à insuffler la haine, la xénophobie, la barbarie, pour mieux dissimuler leurs exactions et leurs échecs.

Des gens qui prennent 30 millions d'euros au Trésor Public pour le donner aux plus riches, et qui prétendent exiger des plus pauvres la plus rigoureuse vertu fiscale !!!

Des gens que l'on a élus, et qui oublient un peu trop qu'ils sont à notre service, et non pas nous au leur, et qu'ils nous doivent des comptes. 

 

En Grèce, il y a beau temps que ces gens-là auraient été convoqués devant un tribunal, et, après examen de leurs brillantes actions, auraient été chassés de la cité, et leurs biens confisqués.

On comprend qu'ils ne tiennent pas tellement à ce que l'on étudie le grec à l'école...

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 10:44

L'on ne parle plus que de l'Équipe de France, et moins de ses pitoyables résultats que de son comportement insensé.

Comme je n'y connais rien en foot, je ne m'amuserais pas à chercher les responsabilités, à discuter tactiques ou choix du sélectionneur. Comme en ce domaine le seul critère, c'est le succès, on peut juste dire qu'ils étaient mauvais.

Mais pourquoi sommes-nous si choqués des événements ?

  • Après les défaites de 2006 et 2008, jamais Raymond Domenech n'aurait dû être maintenu à la tête de l'équipe. Mais si l'incompétence doublée d'arrogance et de vulgarité (personne n'a oublié l'étalage de sa vie privée au moment même de la défaite, en 2008) était un motif d'éviction ou de démission, si l'impopularité et l'incapacité à communiquer devaient mener à la porte, il n'y aurait plus grand monde aujourd'hui, non seulement au gouvernement, mais à la tête de la plupart des groupes industriels, des banques et de l'ensmble des instances dirigeantes...
  • Tout au long de ce Mondial, comme à l'Euro précédent, les Bleus se sont montrés comme de sales gosses trop gâtés, logés dans des hôtels de luxe, et surtout, surtout, préservés du contact avilissant du public ; on serait tenté de leur rappeler "qui t'a fait roi ?" ; mépris des gosses des townships alentours, qui auraient tellement voulu les voir, les toucher, assister à un entraînement, faute de pouvoir s'offrir une place dans le stade ; mépris de la presse, accusée de tous les maux quand elle révèle des vérités dérangeantes, mais utilisée à outrance quand il s'agit de devenir des stars... Mais qui seraient-ils sans la presse, qui seraient-ils sans le public ? A qui doivent-ils l'intérêt des sponsors, et les ponts d'or qui vont avec ?
    Mais ce mépris-là, encore une fois, qui le leur a appris ? Sinon ceux qui, à peine élus, se font offrir des vacances de luxe par des amis milliardaires, qui cumulent salaires et retraites, logements et voitures de fonction, émoluments divers et pots-de-vin à plusieurs zéros ? Qui trouvent exorbitants les 600 euros d'une retraite, et s'offrent des parachutes dorés ? Qui jouent délibérément avec l'argent public, tout en exigeant la rigueur - pour les autres ? Ces gens, aussi haïs que les "partisans" et les "fermiers" d'ancien régime, ces laquais devenus financiers, et cumulant, avec l'arrogance que donne le pouvoir et l'argent, la vulgarité et la brutalité des parvenus ?
  • Une équipe soudée gagne parfois, une équipe qui se déchire perd à tous les coups. Mais qui donne l'exemple des insultes, des "petites phrases", du chaos, du chacun pour soi ? Voudrait-on que les footballeurs soient plus sages et plus moraux que la classe politique française, et européenne ? Le spectacle, à Paris ou à Bruxelles, est moins concentré, mais tout aussi navrant.
  • Anelka s'est laissé aller dans les vestiaires à une indigne grossièreté, et il a été exclu de l'équipe de France. On rêve que la même chose arrive à ceux qui répondent "casse-toi pauv' con" à ceux qui les ont élus et à qui ils doivent des comptes, qui se répandent en blagues nauséabondes et racistes et oublient de s'en excuser, sinon par une blague tout aussi glauque (les Arabes et les Auvergnats ont dû apprécier)... Quand allons-nous, enfin, les mettre dans l'avion du retour ?

L'équipe de France n'est jamais que le miroir de la France ; et nous sommes sonnés devant l'image que ce miroir nous renvoie.

Alors, nous aussi, allons-nous enfin avoir un sursaut, chasser les malotrus, les cyniques et les mal élevés, et exiger désormais que ceux qui nous représentent aient un minimum de dignité ? Il est certes scandaleux de brûler le drapeau français. Mais ils sont bien mal placés pour s'en indigner, ceux qui en permanence, se mouchent dedans !

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 17:57

Cette année, pour cause de travaux sur le quinconce, le pesage des voitures a eu lieu sur la place même des Jacobins. Nous y sommes allés, un peu par curiosité, un peu pour nous occuper... Pour une fois que cela avait lieu un dimanche !...

Las, comme d'habitude, la foule était si compacte qu'il était presque impossible d'apercevoir pilotes et voitures. Je ne donnerai donc ici que quelques images personnelles...

 

pesage 06 06 (2)

La place des Jacobins, bondée !

 

pesage 06 06

 

Une Ferrari aperçue...

 pesage 06 06 (6)

 

... au milieu de la foule.

 pesage 06 06 (5)

 

L'équipe Peugeot au complet. Le premier en partant de la droite est Sébastien Bourdais, le pilote manceau.

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