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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 16:32

De livre en livre, Serge Doubrovsky poursuit son "autofiction" : ce n'est ni une autobiographie – construite, chronologiquement reconstituée en un récit linéaire – ni une fiction ; ni tout à fait non plus des fragments, comme les Essais de Montaigne...

Le texte commence à New York : Serge, ou Julien (le prénom que lui donnent ses proches), professeur d'Université qui vient de prendre sa retraite, doit quitter son superbe appartement au 13ème étage d'une tour de Manhattan, où il est resté vingt-huit longues années. Et il doit faire un tri, car il ne peut bien entendu tout ramener en France. Alors, au fil des cartons qu'il ouvre, des documents qu'il redécouvre, se dessine toute une vie.

Doubrovsky ici nous parle surtout de sa vie sentimentale, des femmes qu'il a aimées, qui l'ont quitté ou que lui-même a quittées : Claudia, la première, la mère de ses deux filles, puis Rachel qui lui imposa de quitter la seule maison qu'il posséda jamais, et le plaqua lorsqu'elle l'eut enfin obtenu, Ilse l'Autrichienne, morte d'une overdose de vodka, "Elle", qui voulut rester anonyme et se détruisit aussi par l'alcool – "j'ai tué une femme par livre", avoue Serge Doubrovsky ! – Elisabeth 1ère, plus difficile à situer chronologiquement, jeune étudiante en médecine tchèque, et enfin la dernière, celle qui l'accompagne dans son grand âge, celle qui diffère de toutes les autres, une belle brune Arménienne, alors qu'il n'avait guère jusque là aimé que des blondes, et avec qui il vit un "mariage à mi-temps".

Si l'on aime l'écriture de soi, qu'il s'agisse d'autobiographie, d'autofiction ou de correspondances, c'est pour entrer dans l'intimité d'un auteur, partager sa vie la plus personnelle, comme un autre soi-même ; le fréquenter un temps comme un ami très proche. A cet égard, les quelques 475 pages d'Un Homme de passage comblent le lecteur. Doubrovsky nous y décrit sans pudeur (mais sans exhibitionnisme non plus) les effets du temps sur sa sexualité, son incapacité désormais à honorer la femme qu'il aime, malgré les béquilles chimiques désormais inopérantes (mais il a passé 80 ans !) et le désir toujours intact...

Et l'écriture, cette tentative de créer une langue propre à l'autofiction, une syntaxe brisée, un rythme particulier ? Hé bien... Dans Un Homme de passage, Doubrovsky alterne cette écriture très formelle avec des chapitres beaucoup plus simples ; l'effet, du coup, apparaît parfois un peu artificiel. Défaut véniel, qui ne m'a pas empêchée d'aimer le livre...

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 16:33

Le poète et linguiste Georges Jean vient de décéder, dans la nuit de dimanche à lundi, à l'âge de 91 ans.

Ancien élève de l'ENS de Saint-Cloud, professeur de sémiologie et linguistique générale à l'Université du Maine, c'est surtout comme poète qu'il demeurera dans nos mémoires.

Né en 1920, ce n'est pourtant qu'en 1969 qu'il publie son premier recueil ; il se voulait l'héritier non seulement du Surréalisme, d'Éluard, de Reverdy ou de Michaux, et resta à l'écart de tout formalisme outrancier.Georges Jean réaffirme la dignité des mots, du langage, et leur valeur de communication et de célébration. Les titres de ses recueils sont parlants : Les mots entre eux, Les Mots de passe, Des mots à la source, A mots couverts, A mots magiques, Les Mots écoutent, et – je ne les cite pas tous – jusqu’aux derniers : Main d’encre, ou Autrement dit. Cette poésie célèbre donc, avant tout… la poésie.

La poésie, disait-il, est faite pour résonner, pour donner un plaisir charnel et musical.

Avec Michèle Lévy, il avait inventé une forme unique de recueil à deux voix : Miroirs, puis Répons offrent un "dialogue poétique" que la mort vient d'interrompre.

Son dernier recueil, paru en 2010, Des Mots pour elle (Éditions du Cherche-Midi) rendait hommage à sa femme disparue. Il reposera près d'elle au cimetière Sainte-Croix du Mans.

Voici ce qu'il écrivait dans son tout premier recueil :

« L’itinéraire poétique est un chemin tracé par les Hommes pour reconnaître les espaces réels, pour mesurer la vie et la mort réelles, pour faire le tour de toutes les dimensions réelles, de l’air, de l’eau, de la terre et du feu, et des cellules conjointes dans les feuilles et la chair translucide des naissances.

 Comme le fer arme le béton des villes de demain,

 La Poésie que nous voulons durcit la molle et fragile tendresse, de nos cris, de nos amours, des souffles qui parcourent les sensibilités inouïes et jamais vues des dimensions intérieures. [...] »

 

 

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 16:14

Il paraît qu'il est extrêmement mauvais de mentir aux enfants, et de leur faire croire que le Père Noël existe.

Les plus virulents contempteurs du charmant bonhomme rouge sont... les catholiques intransigeants ! Il y a là comme un léger paradoxe...

Mais peut-être n'ont-ils pas tort de se méfier. Et si un enfant, à qui l'on a dû avouer que le Père Noël n'existait pas, se mettait tout à coup, à remettre en cause toutes les fadaises dont on l'abreuve ? Et s'il décidait de penser par lui-même, et de se passer une fois pour toutes non seulement du Père Noël, mais de toutes les formes d'opium du peuple ?

Car enfin, le principe même du Père Noël, c'est qu'à un moment, on apprend à s'en passer : c'est ainsi que l'on grandit.

Et n'est-ce pas plutôt cela qui gêne nos moralistes chagrins : une croyance à laquelle on apprend à renoncer ?

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 17:07

Voulez-vous sourire et vous amuser en découvrant la philosophie grecque antique ? Alors, lisez Les Grands philosophes de la Grèce antique, de Luciano de Crescenzo (éditions de Fallois, 1999).

Certes, nul n'imaginera Empédocle en pitre, ni Aristote en amuseur public ; mais le Professeur de Crescenzo a du moins le mérite de présenter de manière claire (quoique parfois un peu sommaire) et non sans humour les principales écoles philosophiques grecques, des "Sept Sages" (qui étaient vingt-deux) à Plotin inclus.

Et, de temps en temps, il introduit un énergumène de son cru, bien contemporain et bien italien celui-là, histoire de nous détendre un peu...


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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 18:05
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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 16:59

Et voilà ! La pression a été trop forte, Georges Papandréou a dû renoncer à son référendum (voir "Démocratie").

Et le même jour, la dirigeante du Front National s'est insurgée contre ce "déni de démocratie", ce qui ne manque pas de sel quand on connaît le respect du suffrage qu'a toujours manifesté l'extrême-droite, quelles que soient les circonstances...

En réalité, cela traduit une incroyable collusion entre la droite traditionnelle au pouvoir en Europe et l'extrême-droite : toutes deux sont également persuadées que si l'on donne le pouvoir au peuple, il s'empressera immédiatement de rejeter l'Europe, ses institutions, et de revenir à des Nations en godillots, prêtes à en découdre, comme au début du 20ème siècle. La seule différence, c'est que les uns le redoutent, quand les autres l'appellent de leurs vœux.

Mais qu'en savez-vous, Messieurs les dirigeants, et vous qui aspirez au pire pour vous emparer du pouvoir ? Croyez-vous que les peuples, premières et éternelles victimes des guerres, aient envie de revenir aux vieilles lunes nationalistes ? Croyez-vous que les jeunes gens éduqués depuis leur plus tendre enfance dans la perspective de voyager librement en Europe, de partager l'hospitalité de tous les autres peuples, d'Europe et aussi d'ailleurs, soient ravis à l'idée de revoir se dresser devant eux des douanes et des barbelés ?

Croyez-vous que les Irlandais et les Français, qui ont voté NON au traité de Maastricht (et j'en étais !) ont rejeté l'idée européenne ?

Ne serait-ce pas plutôt que la question était mal posée, et qu'ils refusaient l'Europe qu'on leur promettait, et qu'ils subissent aujourd'hui de plein fouet, une Europe où règne seule la loi de l'argent et des marchés, une Europe où l'on trouve des milliards pour sauver les banques, mais pas un centime pour secourir des hommes et des femmes qui ont faim, une Europe où, pour être "sage" et "vertueux", avec la bénédiction du FMI, il faut commencer par sacrifier l'éducation, la santé, la justice, les retraites, où l'on préfère bâtir des prisons plutôt que des écoles ?

Effectivement, si on donne la parole aux peuples, ils la refuseront, cette Europe-là, où les seuls qui soient punis sont les pauvres, les malades, les enfants, les personnes âgées...

Mais voudriez-vous nous faire croire, comme l'a dit avec tant d'arrogance Nicolas Sarkozy, que la rigueur (toujours pour les mêmes) soit la seule voie possible ? La seule voie ! En avez-vous seulement exploré d'autres ?...

Et à force de vouloir à toute force interdire aux peuples de s'exprimer, à force de mépriser leurs voix, ils pourraient bien un jour s'imposer autrement, et voter avec leurs pieds... ou leurs poings. Et ce serait encore une fois une belle occasion perdue de faire triompher le droit sur la force...

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 20:42

Les Grecs, ou plus précisément les Athéniens, ont inventé la Démocratie. Ce mot signifie, littéralement, "le pouvoir du peuple".

Et il veut dire, en clair, que ce n'est ni aux marchés, ni aux agences de notation, ni aux banquiers de décider de l'avenir d'un peuple, mais à ce peuple seul de choisir son destin.

Peut-être prendra-t-il une mauvaise décision. Peut-être se trompera-t-il. Peut-être manquera-t-il une occasion. Peut-être. Ou peut-être pas. Mais de toutes façons ce sera SA décision. Et sa liberté.

Mais ce serait tout de même un comble que Nicolas Sarkozy, ou Angela Merkel, ou qui que ce soit d'autre interdise au peuple grec de se prononcer ! Au nom de quoi ?...Auraient-ils oublié d'où ils viennent, d'où nous venons tous ?

Quelqu'un a dit, récemment, que si chaque Européen mettait 1 centime d'euro dans une boîte chaque fois qu'il prononce un mot venu du grec, la dette grecque serait comblée en une semaine ! Chiche ?

Et notre dette, à nous, envers la Grèce, qui la paiera jamais ?

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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 20:31

Cet été, j'avais déjà lancé un appel, "pour que les dalles ne deviennent pas pierres tombales".

Hélas ! La seule librairie vraiment indépendante du Mans, qui n'avait voulu ni vendre des journaux, ni se transformer en restaurant, qui seulement se donnait pour mission de défendre la grande, la belle littérature vivante... voilà qu'elle va fermer. Une pancarte informe le passant que le bail est à reprendre.

Il ne restera pas une boutique, entre le tunnel et la place de l'Éperon, sur cette avenue Rostov-sur-le-don vouée aux voitures et au vent... Ah ! si, une seule : une agence immobilière.

Une page se tourne. Sans doute est-ce la fin d'une certaine forme de culture et d'édition. Pour vivre, pour survivre, les auteurs qui ne pourront entrer dans les "majors" ni prétendre à un quelconque prix littéraire, qui ne produiront pas de best-sellers, n'auront bientôt plus d'autre choix que de se publier eux-mêmes, sur le Net. Et bien sûr, sans la moindre reconnaissance financière...

Comment trouveront-ils leur public ? Comment, dans cette jungle non balisée, les lecteurs curieux les dénicheront-ils, sans les conseils, et l'enthousiasme des libraires professionnels, qui savaient faire aimer les livres ?

Mais peut-être les lecteurs curieux auront-ils eux aussi disparu...


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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 19:57

Ce court roman de Tahar Ben Jelloun raconte les amours rêvées d'un poète et d'une toute jeune femme, arrivée à Naples de son Maroc natal par les voies tortueuses de la prostitution et du trafic d'êtres humains. Un instant elle échappe à son destin - puis elle disparaît.

Hymne à l'amour, à la beauté, à la poésie surtout, Le Labyrinthe des sentiments chante surtout la beauté sordide et vénéneuse d'une ville unique : Naples.

Le poète est accompagné de dessins du peintre Ernest Pignon-Ernest, qui sur les murs de Naples a déposé des centaines de dessins... L'image, la poésie, la narration s'entremêlent en une petite musique fragile, dans ce sombre univers Napolitain où sans cesse sourd la pire violence : à la Camorra succède à présent les Mafias venues de l'Est, encore plus brutales... 

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 07:33

L'on apprend ces jours-ci que la Commission Européenne coupera les vivres aux organisations caritatives qui nourrissent les plus pauvres d'entre nous : la Banque Alimentaire, le Secours Populaire, les Restaus du coeur... A la demande de 7 pays (lesquels ?), la cour européenne a jugé cette aide illégale, au risque de créer une crise humanitaire majeure dans un bon nombre de pays...

J'ai voté NON au traité de Maastricht. Je me doutais que l'Europe que l'on nous concoctait là n'avait plus grand chose à voir avec l'idéal de ceux qui l'avaient construite.

J'en reçois confirmation bien au-delà de toutes mes craintes !

Qu'est-ce que c'est que cette Europe, arc-boutée sur son argent, égoïste au-delà du possible, qui n'est même plus capable de mettre en œuvre, en son sein même, la plus élémentaire solidarité ?

Qu'est-ce que c'est que cette Europe, incapable de se mobiliser pour aider ses propres membres en difficulté, et pas n'importe lesquels ! Non, ceux-là même à qui elle doit la vie. On laisse mourir la Grèce, pire encore, on lui enfonce la tête sous l'eau tout en lui faisant la morale, comme ces fils odieux qui osent torturer leur propre mère, quand elle n'a plus la force de se défendre... On atteint le comble de l'ignominie !

Qu'est-ce que c'est que cette Europe, qui ose transgresser ses propres lois, qui proclame la liberté de mouvement, mais pas pour tous ses citoyens, pas pour les Rroms, pas pour les Tziganes... Qui crée encore et encore non seulement des laissés pour compte, mais des boucs émissaires, hier les juifs, aujourd'hui les Rroms, les musulmans, qui encore ?

Nous avons déjà des "centres de rétention", à quand les camps de concentration ? Le lexique, déjà, est presque le même... rétention, concentration, ce n'est que de la matière, du matériau humain de rebut, qu'on jettera peut-être encore au four...

Qu'est-ce que c'est que cette Europe, incapable de parler d'une seule voix face aux grands défis de notre temps, l'émergence de nouvelles grandes puissances, la crise économique et financière, la redistribution des cartes au proche Orient et en Afrique... et qui légifère sur les cafetières !

Oui, on en vient à souhaiter que cette Europe là disparaisse, se brise, détruite non par quelque ennemi extérieur, mais par sa propre incapacité, sa propre lourdeur, sa propre stupidité ; qu'elle meure, parce qu'elle n'a plus aucun sens.

Et pour qu'une autre Europe surgisse des décombres, une Europe peut-être déjà en train de naître, emmenée par des "Indignés" de moins de trente ans, inspirés eux-mêmes par un grand-père qui en a plus de quatre-vingt-dix... Un grand-père qui a su nous rappeler quels idéaux avaient conduits ceux qui, au lendemain de la guerre, avaient reconstruit la France et bâti l'Europe. Et nous dire que ces idéaux n'étaient pas morts, et qu'il ne tenait qu'à nous de les faire revivre, sur toutes les rives de la Méditerranée.

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