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Le blog d Artemisia L

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Silvère Derouet III - La jeune fille des Lucs - chapitre 3

SILVERE DEROUET

- III -

LA JEUNE FILLE DES LUCS

CHAPITRE 3
D'Angers à Beaupréau.

Ils hésitèrent un moment sur la conduite à tenir. Passer la Loire à Angers ? Mais Silvère avait trouvé dans cette ville un tel climat de suspicion qu'il valait mieux l'éviter. On pouvait aussi envisager de longer la Loire, en attendant de trouver une occasion pour passer sans risques... Et puis il y avait une petite chance, en allant vers Ancenis, de rencontrer une partie de la troupe des Brigands, à qui il pourrait confier Marie. Quant à lui, il pourrait alors s'en retourner au Mans... ou bien rejoindre un corps d'armée républicain. Il fallait s'en tenir à ce programme, même si la perspective de la séparation lui serrait bizarrement le cœur...

La route serpentait le long de la Maine, puis de la Loire. En cette veille de Nivôse(1), il faisait un froid coupant. Un crachin obstiné les trempait jusqu'aux os, et on ne voyait pas à cinquante pas. Le fleuve, gonflé par les pluies incessantes du mois précédent, avait englouti ses îles de sable, et étalait majestueusement ses eaux grises. L'aube sale avait peine à se lever, et l'on n'entendait, dans le silence, que le bruit sourd des roues dans la boue.

Soudain, Marie saisit le bras de Silvère.

"Hé bien, fit-il, que t'arrive-t-il ?"

Mais sans répondre la jeune femme désignait du menton l'un des bas-côté de la route. Silvère épia un moment le brouillard, puis haussa les épaules.

"Il y a quelqu'un, je t'assure... J'ai vu une silhouette...

– Quelque bête, sans doute !"

Mais, par précaution, il tâta la rassurante présence de son couteau dans sa poche.

A ce moment, en un clin d'œil, la voiture légère fut assaillie de deux côtés à la fois par quatre hommes surgis de l'ombre. Avant d'avoir pu saisir son couteau il fut jeté à bas de son siège, tandis que les marauds s'emparaient de Marie, la bousculant, cherchant si elle portait des bijoux ou de l'argent... Hors de lui, Silvère parvint à culbuter l'un de ses agresseurs, et d'un maître coup de poing l'envoya de l'autre côté de la route. Son compère allait lui porter un mauvais coup, lorsque Silvère fit surgir la lame du couteau... L'homme savait se battre, mais ne s'attendait guère à trouver en face de lui quelqu'un qui connaissait aussi bien les astuces et les règles de la bagarre de rue. Il finit par prendre la fuite.

Marie, aux prises avec deux brigands, se débattait et appelait à l'aide. Jugeant la situation d'un coup d'œil, Silvère vit que l'un des bandits lui tournait le dos. Bondissant comme un chat, il lui planta son couteau entre les omoplates ! L'homme s'écroula sans un cri. Surpris, son complice se retourna et prit ses jambes à son cou.

"Les papiers... Il a volé les papiers !" cria Marie avec désespoir.

Alors Silvère, se souvenant des leçons de Joachim, arracha son couteau et le lança à la volée. Le voleur, saisi en pleine course, tomba les bras en croix sur la route.

"Allons ! fit Silvère, je n'ai pas perdu la main..."

Marie, muette de saisissement, le regardait sans rien dire. Froidement, Silvère s'approcha successivement des trois corps étendus, et les fouilla. Il saisit deux couteaux, une montre en argent et une somme conséquente provenant sans aucun doute d'un précédent larcin.

"Hé bien ! fit-il, apparemment nous ne sommes pas les premières victimes de cette petite bande... En tous cas (il montra du doigt ses deux victimes), ceux-là n'attaqueront plus personne !

– Et lui ? fit la jeune fille, désignant le troisième larron toujours assommé dans le fossé. Tu ne vas pas le tuer ?

– Je ne tue jamais un homme désarmé, tu devrais le savoir... Mais cela me donne une idée... Aide-moi."

Et, en un tournemain, ils déshabillèrent les trois forbans, qui portaient sur eux, visiblement, des effets un peu trop riches pour leur misérable condition.

"Nous ne faisons que voler les voleurs, fit Silvère... Après tout, nous aussi, nous avons besoin de linge. Et celui-là, quand il se réveillera, il ne sera pas trop tenté de nous courir après dans cette tenue...

– Il va mourir de froid...

– Penses-tu ! Les mauvaises herbes ne craignent pas le gel... Mais filons, maintenant ! Le quatrième a pris la fuite, il pourrait bien ne pas revenir tout seul !"

Ils partirent à bride abattue.

"Il faut maintenant passer la Loire le plus vite possible, dit Silvère. Finalement, nous aurions peut-être dû tenter notre chance à Angers... Si nous continuons ainsi jusqu'à Ancenis, il y a gros à parier que nous tomberons sur l'arrière garde de l'armée républicaine, et je ne pourrai pas grand-chose pour toi...

– Même avec mes papiers ?

– Trop risqué ! D'autre part, si comme je l'ai lu dans les journaux à Angers, une partie de votre armée est passée à Ancenis, elle a dû se regrouper juste de l'autre côté du fleuve, pas très loin d'ici...

– Et si... nous les rejoignons... que feras-tu ?

– Moi ? j'aurai fait mon devoir, je regagnerai mon camp... Il y aura encore quelques beaux faits d'armes à accomplir, ici ou aux frontières !"

Marie sembla vouloir dire quelque chose, hésita, et finalement se tut. Mais elle regardait au loin, d'un air mélancolique.

Il était presque midi lorsqu'ils atteignirent Varades. Marie frissonnait en reconnaissant le lieu, et Silvère se souvint que c'était là qu'elle avait perdu son père. Le village était en ruines, et encore encombré des décombres de la terrible nuit du 27 vendémiaire(2), lorsqu'une foule immense et désordonnée s'était répandue, comme une vague, sous la mitraille... C'était le début de la "Virée de Galerne", comme poussée par le vent d'Ouest, qui allait conduire tout un peuple errant à sa destruction... Ici, les routes étaient défoncées, creusées d'ornières que personne n'avait songé à combler. Le pays semblait encore sous le choc de cet exode... Aucun pont, à des lieues alentour, ne subsistait. De loin en loin, des postes armés de canons surveillaient la rivière, pour empêcher tout retour offensif.

"L'endroit est dangereux, dit Silvère. Il faut nous cacher, en attendant de trouver un moyen de passer... Nous allons abandonner la voiture, qui nous ferait repérer."

Ils s'arrêtèrent à un quart de lieue du village, dans une ferme qui semblait abandonnée. La porte n'avait pas été ouverte depuis longtemps, et grinçait lugubrement. Pourtant la maison semblait encore habitée ; aucun des meubles n'avait été emporté, comme si les habitants, pris soudain de panique, étaient partis sans crier gare, sans rien préparer... Ils fouillèrent méthodiquement les lieux ; mais les armoires étaient vides, ainsi que le garde-manger. Dans la cave, pourtant, ils trouvèrent quelques bouteilles, et un bout de jambon racorni suspendu au-dessus de la cheminée, et qu'ils se partagèrent avec délices.

"Que sont-ils devenus ? se demanda Silvère, tout haut.

– Oh ! fit Marie, ils ont dû nous suivre... Beaucoup d'habitants des villages que nous traversions se joignaient à nous...

– En ce cas, il y a peu de chances qu'ils reviennent jamais. Pourquoi chercheraient-ils à passer la Loire ? Ils sont chez eux, ici...

– Oui, malheureusement. Dieu seul sait où ils sont morts..."

A ce moment, Marie poussa un cri, tandis que Silvère saisissait son couteau : quelqu'un se coulait dans la maison, ils avaient senti une présence... Silvère se redressa lentement, regarda autour de lui... et éclata de rire : il venait de se trouver presque nez à nez avec un chat, un gros chat roux qui l'observait de ses yeux méfiants.

– Un matou ! fit-il. Le maître des lieux sans doute... Voulez-vous nous accorder l'hospitalité, Citoyen chat ?"

Mais l'animal, d'un bond souple, sauta vers la porte et disparut.

Silvère décida d'explorer les alentours. Il laissa sa compagne dans la ferme.

"Ne bouge sous aucun prétexte, lui recommanda-t-il, et ne te montre pas. Si quelqu'un vient, cache-toi le mieux que tu pourras. Pour me faire reconnaître, je te ferai un signal...

– Le hou-hou des chouans, par exemple ? persifla Marie.

– Non, riposta Silvère, rageur. Je sifflerai les premières mesures de la Marseillaise !

– La Marseillaise ! Sais-tu que nous avons la nôtre ?

– Ce n'est pas le moment de nous disputer", trancha Silvère.

D'un pas rapide et silencieux, il gagna les bords de la rivière. Il se sentait furieux contre Marie, qui n'avait rien changé, rien abdiqué de ses convictions. Mais qu'espérait-il, enfin ? Qu'en une semaine à peine passée avec elle, il l'aurait convertie ? Qu'elle se laisserait convaincre comme par miracle ? Renonce-t-on jamais à des convictions pour lesquelles on a tout sacrifié ?

En fait, ils évitaient tout ce qui pouvait rappeler leur insurmontable différence. Il faisait semblant de ne pas voir quand elle faisait ses prières quotidiennes, elle feignait de croire que leur tutoiement n'était qu'une façon de se protéger. Mais pourquoi éprouvait-elle, de loin en loin, le besoin de lui rappeler ce qu'elle était ?

L'heure n'était pas aux spéculations. Il fallait explorer méthodiquement la rive, à la recherche d'un passage possible, mais sans attirer l'attention des postes de gardes. Silvère savait se couler comme un chat, et voir sans être vu. Mais après deux heures de recherches vaines, il dut s'avouer bredouille : il n'avait trouvé ni barque, ni gué, ni rien susceptible de leur permettre le passage. Faudrait-il retourner à Angers ?

En arrivant à la maison, il siffla doucement les premières mesures de la Marseillaise. Un silence pesant lui répondit. Il poussa la porte, qui grinça lugubrement. Personne ! La jeune fille avait disparu.

Mortellement inquiet, il fit le tour de la maison, sans rien trouver, que le chat qui semblait le narguer. Ne sachant que faire, il décida d'attendre un moment.

Bien lui en prit : la porte s'ouvrit soudain.

"Marie ! Je t'avais dit...

– Tu t'inquiétais donc ? fit-elle avec un drôle de sourire. Mais ne me fais pas de reproches : j'ai trouvé quelque chose..."

Et elle l'entraîna derrière la maison, vers une zone qu'il n'avait pas songé à explorer. A une centaine de pas se trouvait un étang à demi caché par les roseaux, et sur cet étang, une barque à moitié pourrie, remplie d'eau...

– Mais c'est une épave ! s'exclama Silvère. Tu ne comptes tout de même pas traverser la Loire avec ça ?!

– Peut-être pourrions-nous la réparer un peu... il y a quelques planches dans la cave de la maison...

– Elle sera pleine d'eau, à peine serons-nous au milieu du fleuve ! C'est une folie, jamais nous ne passerons là-dessus...

– Tu vois une autre solution ?" fit la jeune fille.

Silvère dut avouer que non. Ils tirèrent tant bien que mal la barque sur le rivage. Elle était vermoulue, et profondément envasée, mais ne semblait pas, à première vue, en si mauvais état. Ils eurent même l'heureuse surprise de constater que les rames gisaient dans le fond.

"Il va falloir attendre que la nuit soit complètement noire, dit Silvère. Si je ne me trompe pas, il n'y aura pas de lune ce soir. Nous tirerons la barque jusqu'à la rive en faisant le moins de bruit possible... et après...

– Il faudra nous remettre à la grâce de Dieu, dit Marie.

– ou du destin, compléta Silvère. En attendant, il faut essayer de nous reposer. Le chat serait bien inspiré de nous attraper quelque poule...

– Il reste un peu de jambon, et du vin", dit Marie.

Dès que la nuit fut noire, ils se mirent en devoir de dégager la barque, et de la traîner jusqu'au fleuve. Mais elle était lourde, et profondément enfoncée dans la vase ; il leur fallut plusieurs heures d'efforts, d'autant que Marie, malgré toute sa bonne volonté, manquait de forces. Enfin, ils parvinrent à la faire glisser sur de grandes herbes jusqu'à l'eau. Marie, hors d'haleine, haletait ; Silvère tendit l'oreille ; mais personne, semble-t-il, ne les avait entendus. Ils se coulèrent dans la barque.

En aidant la jeune fille à monter, Silvère sentit qu'elle tremblait.

"Hé bien, que t'arrive-t-il ?

– C'est cette eau noire... Je... ne sais pas nager...

– Hé ! tu as déjà traversé bien des rivières...

– Mais ici... J'ai vu tant de gens se noyer...

– Ce n'est pas le moment d'y penser. Allez, imagine... C'est l'été, c'est la fête, et on va faire une partie de canotage... Tu sais, sur l'Huisne, j'étais presque un champion !

– Sur l'Huisne ?

– La rivière, ou plutôt l'une des rivières que tu as vues, au Mans..."

Silvère dut vite s'avouer que leur aventure n'avait qu'un fort lointain rapport avec les agréables promenades en barque d'autrefois. La nuit, effectivement, était sans lune et l'on n'y voyait goutte. Un courant, très violent, les entraîna rapidement au milieu du fleuve, mais les poussait irrésistiblement vers une île...

– Il ne faut pas s'échouer là, murmura Marie. Ce sont des sables mouvants..."

En se servant d'une de ses rames comme d'une gaffe, Silvère chercha à repousser la barque vers le large, mais le courant la ramenait irrésistiblement vers l'îlot, et il sentait la fatigue le gagner dangereusement. Enfin, d'un mouvement plus fort, il parvint à l'entraîner plus loin, mais elle se mit à tanguer et à tournoyer dans le courant... Marie, terrifiée, se cramponnait au bord et se mordait les lèvres pour ne pas crier. Mais, peu à peu, la frêle embarcation retrouva sa stabilité, et, avec de vigoureux coups de rame, Silvère la ramena dans la bonne direction.

"Nous l'avons échappé belle, grommela-t-il"

Ils commençaient à approcher du rivage, lorsqu'ils entendirent une voix rogue :

"Qui va là ? Qui vive ?"

Et aussitôt, deux coups de feu trouèrent la nuit. Silvère et Marie se cachèrent du mieux qu'ils purent au fond de la barque, et la laissèrent dériver. Bientôt le silence revint.

"Qui était-ce ? souffla Marie. Des Bleus ou des Blancs ?

– Hé ! je n'en sais rien. De toutes façons, dans l'un et l'autre cas, ils nous auraient fusillés, s'ils nous avaient pris..."

Ils finirent par s'échouer sur une partie déserte et marécageuse de la rive, à une lieue de l'endroit où se tenaient les hommes en armes. La nuit était profonde et glacée. Il faudrait attendre plusieurs heures avant de savoir où ils se trouvaient au juste, et décider de la marche à suivre. Cette fois, ils avaient emporté des couvertures ; ils trouvèrent un endroit sec, bien caché, et attendirent.

Vaincue par l'épuisement et le froid, Marie grelottait. Silvère se pencha sur elle, la recouvrit de son manteau. Il prit ses mains ; elles étaient glacées et inertes. Le jeune homme frissonna. Un bout de roman lui revint soudain en mémoire, quelque chose qu'il avait lu il y avait bien longtemps... la mort de Manon Lescaut ! Un de ces romans nouveaux que son père avait fait venir de Paris... C'était à peu près la même situation. Marie n'allait tout de même pas mourir, si près du but ?

L'aube le trouva dans la plus grande inquiétude ; la jeune fille, mal remise de son refroidissement pris en traversant le Loir, s'était mise à tousser et paraissait fiévreuse ; mais elle s'efforçait de sourire courageusement.

"Pourras-tu marcher ?

– Je vais essayer... J'irai le plus loin que je pourrai. Nous ne devrions pas être loin des nôtres... je veux dire des miens...

– Tu connais le pays mieux que moi. Où devons-nous aller ?

– Oh ! Tu sais, je ne l'ai guère vu qu'une fois... Mon pays, c'est beaucoup plus au Sud, bien en-deçà de Cholet... Mais si nous continuons la grand-route, nous devrions rencontrer Montrevault, une bourgade... puis, plus loin, une petite ville, Beaupréau, je crois... En octobre dernier, nous en avions été chassés ; mais depuis... je ne sais pas.

– C'est loin d'ici ?

– Deux ou trois lieues jusqu'au premier village... Puis un peu moins, je crois, jusqu'à Beaupréau...

– Deux ou trois heures de marche, pour quelqu'un qui avancerait bien.

– Je peux marcher !

– Tu es fatiguée... on ne voit plus que tes yeux ! Cette nuit, j'ai cru que tu étais gravement malade. Ecoute, nous allons avancer aussi loin que nous pourrons... Si au passage, nous trouvons une ferme qui veuille bien t'accueillir, te cacher quelques jours, le temps que tu reprennes des forces... Moi, pendant ce temps, j'irai aux nouvelles. Un homme seul se glisse partout. J'aurai tôt fait de savoir où sont tes amis, et les miens. Nous prendrons alors une décision...

– Et si... nous ne parvenons pas à rejoindre l'armée Royale... S'il n'en reste plus rien... que feras-tu ?

– Je t'accompagnerai jusque chez toi, aux Lucs. Puis, je m'en retournerai..."

Il faisait un froid humide, désagréable. Un crachin mêlé de neige fondue tombait sans discontinuer. La route, les champs étaient détrempés, et ils s'y enfonçaient jusqu'aux chevilles. Marie, par moments, chancelait, mais elle serrait les dents et ne disait rien.

Silvère regardait autour de lui, un peu dépaysé. Si le paysage ne différait guère du bocage qu'il connaissait dans la Sarthe, les maisons, les fermes étaient différentes. Elles se cachaient derrière de hautes haies, et lorsqu'on les découvrait, elles apparaissaient toutes blanches de chaux... Sur les toits, la tuile rousse avait remplacé l'ardoise bleue.

Bientôt ils aperçurent la silhouette sombre d'une métairie. L'étable était ouverte, ils s'y glissèrent. Trois vaches les regardèrent entrer de leur œil rond ; l'une d'elles se mit à meugler.

"Tais-toi, tais-toi, souffla Silvère. Tu vas nous faire découvrir..."

A ce moment-là surgit une silhouette menaçante, armée d'une fourche.

"Holà ! Des voleurs ! Fichez le camp tout de suite, ou j'vous étripe !

– Nous ne sommes pas des voleurs, répliqua fermement Silvère, tout en saisissant son couteau. Nous sommes des voyageurs. Ma compagne est épuisée, elle voulait seulement se reposer un peu. Nous avons de quoi payer, ajouta-t-il.

L'autre hésita, parut ébranlé. A ce moment, Marie se leva, vint se planter devant lui.

"Je vous en prie, dit-elle. Laissez-nous dormir ici quelques heures... et si vous pouvez, vendez-nous quelque chose à manger. Nous venons de loin..."

L'homme, surpris, la regarda... et ses yeux s'arrondirent de stupeur.

"Mais... Je vous reconnais ! Vous étiez avec votre frère... et Monsieur Henri... N'est-ce pas ?

– Je suis Marie de Linière, oui. Je me suis trouvée isolée, au Mans...

– Mais... Et lui ?

– Il m'a sauvée la vie, au Mans. Il m'a fait échapper au massacre... Mais vous connaissez mon frère... Que savez-vous ? Où est-il ?

– Je ne sais pas grand-chose, fit l'homme. Mais venez, ne restez pas ici. Dieu du Ciel ! Mademoiselle de Linière ici, vivante !..."

Il les entraîna vers la pièce d'habitation. Bientôt, toute la famille se rassembla autour d'eux. Ce furent des cris, des exclamations... Silvère, lui, se sentait de plus en plus mal à l'aise ; on le regardait avec curiosité, sans animosité pourtant – n'avait-il pas sauvé une ci-devant, en l'accompagnant jusque là ? Il fallut raconter toute l'histoire, comment ils avaient fui Le Mans par horreur du massacre, comment ils avaient cherché, en vain, à rattraper l'armée vendéenne, et fini par passer la Loire.

L'homme, quant à lui, avait suivi l'armée jusqu'à Ancenis ; là, il avait été gravement blessé à la jambe – il boitait encore. Il avait eu la chance de pouvoir passer la Loire avec Monsieur Henri et environ un millier d'hommes... Puis, ne pouvant plus prendre part au combat, il était rentré chez lui.

De Rémy de Linière, il ne savait pas grand-chose. Il ne l'avait pas revu après Ancenis, et n'aurait su dire s'il était passé avec La Rochejaquelein.

"Vous comprenez, j'étais blessé, j'avais perdu beaucoup de sang, je n'avais pas toute ma tête..."

Il croyait savoir que les rescapés d'Ancenis se trouvaient quelque part vers Cholet, ou entre Cholet et Montaigu, et qu'ils essayaient de remettre sur pied une armée. Mais ils étaient traqués, il y avait des Républicains partout, et aucun endroit n'était sûr...

"Mais vous, fit-il en se tournant vers Silvère, qu'allez-vous faire ?

– Si Marie... Mademoiselle de Linière, corrigea-t-il, est ici en sécurité, je peux considérer que j'ai fait mon devoir à son égard... Je vous la confie. Quant à moi, je vais m'en retourner chez moi.

– Hum ! grommela le paysan. Vous irez bien plutôt tout droit rejoindre les Bleus... J'sais pas si j'dois vous laisser partir...

– J'ai agi en homme d'honneur, faites de même ! jeta Silvère, indigné. Puis, plus doucement : – Ma mère et ma sœur ont dû regagner Le Mans avec mon fils, un bébé d'un an. Or j'ai entendu dire que le choléra ravage la ville... Je veux savoir ce qu'ils sont devenus.

– C'est vrai, intervint Marie. Nous n'avons pas le droit de le retenir...

– Je plaisantais, dit le paysan.

– Il faut leur donner à manger, au lieu de discuter ! fit sa femme, je suis sûre qu'ils meurent de faim...

– Pour sûr ! répondit son mari. Ici, nous n'avons plus grand-chose... Les Bleus sont passés, et les nôtres, et chacun s'est servi... Enfin, faut pas se plaindre : grâce à Dieu nous avons gardé trois vaches, sur les dix que nous avions !... Et un goret...

– Tout le monde souffre de la guerre, renchérit sa femme. Mais nous ferons ce que nous pourrons.

– Nous vous dédommagerons", dit Silvère.

Le jeune homme, qui, l'émotion aidant, ne s'était guère aperçu qu'il avait faim, mangea de grand appétit ; mais Marie, absente et toute pâle, touchait à peine à ce qu'on lui servit. La femme échangeait avec son mari des regards inquiets.

"Elle a dû reprendre froid quand nous avons traversé la rivière, dit Silvère. Et puis, nous avons passé la nuit dehors..."

La paysanne lui proposa de se mettre au lit : celui de sa fille aînée se trouvait disponible. Marie, sans forces, acquiesça, et au moment de sombrer dans le sommeil, elle agrippa les mains de Silvère sans rien dire:

Il en fut bouleversé :

"Ne t'inquiète pas. Je vais attendre que tu ailles mieux, et que je sois sûr que tu es en sécurité."

Il se tourna vers les paysans, qui regardaient la scène, un peu ébahis

"Y a-t-il un médecin, par ici ? Où se trouve le plus proche ?

– Un médecin ? Mais... à Beaupréau, il n'y en a pas d'autre...

– Et comment vous soignez-vous ?

– Oh... On se soigne nous-mêmes... Y'a la mère Gabet, au village à côté, qui connaît les plantes... On fait appel à elle !

– Une guérisseuse ? fit Silvère avec un haut-le-corps.

– Hé ! fit l'homme, avec un haussement d'épaules.

– Pas question, trancha Silvère. Je vais à Beaupréau chercher ce médecin. Avez-vous une carriole, un cheval à me prêter ?

– Hélas non, fit le paysan. J'ai bien une carriole, mais il manque une roue, et l'essieu est cassé... quant au cheval, il y a beau temps qu'il a été réquisitionné !

– C'est bien, j'irai à pied...

– N'y allez pas, c'est dangereux, fit la femme. Il y a des patrouilles partout, et puis la ville est occupée par les Bleus...

– Je n'ai rien à craindre d'eux ! répondit fièrement Silvère.

– Ce n'est pas écrit sur votre figure... Et puis vous savez, ici, les Bleus, ils ne font pas toujours la différence... Il y a bien des villages où tout le monde était "pataud"#, même le curé ! Hé bien, ils ont eu beau crier, ils ont été arrêtés et fusillés comme les autres...

– Et puis, vous savez, la demoiselle... Elle a surtout besoin de dormir au chaud, de manger correctement, et de quelques tisanes...

– Je n'en suis pas si sûr, et je veux en avoir le cœur net. Je serai de retour dans la journée, avec le médecin, ou au plus tard ce soir."

Silvère partit à grandes enjambées. Il éprouvait le besoin d'être seul, de respirer, de faire le point.

"A présent, j'ai fait tout ce que j'ai pu pour elle, songeait-il. Raisonnablement, il faut que je parte. Ces gens sont manifestement des Brigands... ou du moins leurs complices. Elle ne risque plus rien parmi eux, ou en tous cas, beaucoup moins qu'à traîner sur la route avec moi... Et pourtant, il me répugne de la laisser ainsi. Cet appel qu'elle m'a lancé..."

Il devait s'avouer qu'elle ne le laissait pas indifférent, loin s'en fallait. Tout, en elle, le troublait étrangement, ses mains si petites, ses yeux immenses et qui dévoraient son visage amaigri, ses cheveux bruns qui lui descendaient à la taille... Ce n'était pas seulement un attrait physique, que tout homme robuste, et jeune, peut éprouver au contact d'une jeune fille... Il devait s'avouer qu'il y avait autre chose ; elle représentait exactement tout ce qu'il avait appris à détester, mais justement il ne pouvait la détester. Comme si cette insurmontable différence faisait d'elle un être étrange, à part, à la fois accessible et lointaine. Une Brigande ! Mais il l'eût moins aimée si elle eût été Républicaine...

Aimée ! Il venait de se dire le mot fatidique, qu'il s'efforçait d'éviter depuis des jours. Aimée ! Est-ce qu'il l'aimait ?

"Non, ce n'est pas possible !" se dit-il. Le vent glacé, la pluie qui n'avait pas cessé, la rapidité de sa marche lui mettaient le sang aux joues. Il se souvint de ses premiers émois avec Marie-Anne, des émois dont il n'était pas très fier... C'était une belle femme, et généreuse. Pure attirance physique. Et Emeline... Elle, il l'avait aimée, même par-delà la mort, jusqu'à la découverte de ses infidélités. Un mélange de tendresse et d'exaspération, d'attrait sensuel et de répulsion morale. Cela lui parut infiniment lointain.

Et Marie ? Il admirait sans réserves sa fermeté, son courage. Quel dommage qu'elle eût choisi le mauvais camp... Vive, sensuelle sûrement, mais aussi vertueuse sans ostentation... Elle savait le repousser gentiment s'il s'aventurait trop loin ! Croyante, aussi, toute imprégnée de fanatisme... mais il fallait reconnaître qu'elle y mettait de la discrétion. Une ci-devant ! Une petite paysanne plutôt, à qui la boue ne faisait pas peur, qui savait allumer un feu, plumer une volaille... Il imagina Emeline en pareille situation. Quels cris, quels gémissements ! Elle que dix minutes de marche à pied suffisaient à fatiguer...!

Il s'efforça de chasser toutes ces pensées.

"A quoi cela me mènerait-il ? De toutes façons, il faudra bien nous séparer ! Rien n'est envisageable entre nous... Ni elle, ni moi ne renoncerions à nos idées, ni elle ni moi ne trahirions notre camp..."

Au bout de trois longues heures de marche, il aperçut les premières maisons de Beaupréau. C'était un gros bourg assez gris et banal. Une garnison républicaine s'y tenait toujours, et il fallut montrer patte blanche.

"Que viens-tu faire ici, Citoyen, fit un sergent, l'œil soupçonneux.

– Je dois consulter un médecin... Je suis un voyageur, et ne compte pas rester en ville. Cependant on m'a dit qu'ici, je trouverais un praticien...

– Qui ça, "on" ? grogna l'autre, l'air mauvais.

– Mais... des paysans, aux alentours ! Je le répète, je ne connais pas la région...

– Et quel... "praticien" viens-tu voir ?

– On m'a parlé d'un certain docteur Deleriau... C'est le nom qu'on m'a donné. Je n'en sais pas plus."

Les hommes s'entre-regardèrent d'un air entendu. Silvère commençait à comprendre le danger : sans aucun doute le prenait-on pour un conspirateur... Il se planta devant le sergent, et, prenant son air le plus franc :

"Mais j'y pense, vous devez avoir un médecin, vous aussi... Dans tout régiment il y en a un. Je le sais, j'ai servi avec le général Chabot, au Mans... Et si une satanée blessure ne m'avait pas empêché de continuer, pour sûr, je ne serais pas là ! Menez-moi à lui, il fera très bien l'affaire !"

Silvère put constater immédiatement l'effet de son petit discours. Le nom du général avait fait lever les sourcils au gros sergent, et il se rasséréna.

"Malheureusement, il n'y a personne par ici... Il faut aller plus loin, à Cholet. Quant au nommé Deleriau, il a été arrêté et fusillé il y a trois jours. Il recelait des Brigands ! Ce maudit pays en est infesté... Une horreur ! Pour bien faire, il faudrait brûler tout cela... Mais tu n'as pas l'air bien malade ?

– Oh ! Une méchante douleur dans le dos, depuis cette fameuse blessure... Mais tu as raison. Il vaudra mieux que j'attende d'être à Cholet..."

Il revint fort tard à la ferme. La femme l'attendait.

"La Demoiselle a beaucoup pleuré et réclamé après vous, dit-elle. Elle croyait que vous l'aviez laissée... A présent, elle va mieux. Elle dort".

Il se précipita. Elle avait ouvert les yeux.

"Marie ! dit-il. Je t'avais dit que je serais là ce soir... J'ai essayé de trouver un médecin. Impossible !... Mais je ne t'aurais pas laissée ici sans te le dire...

– Il faut me pardonner, dit-elle. Je suis encore bien loin de chez moi, et j'ai tellement marché... J'ai perdu mon père, mon frère est peut-être mort... Je sais que tu ne me dois rien, mais...

– Marie, dit-il, la gorge serrée en lui prenant la main, il ne faudrait pas trop nous attacher l'un à l'autre. Ce serait trop difficile, après...

– Je sais, répondit-elle en détournant les yeux. Mais nous pouvons au moins être amis. Nous sommes amis, n'est-ce pas ? Et puis, un jour, quand cette guerre finira... Aucune guerre ne dure toujours, n'est-ce pas ?

– Aucune guerre ne dure toujours, c'est vrai. Espérons que celle-ci ne laissera pas de cicatrices trop douloureuses... Une guerre entre Français !... Mais il faudra bien, un jour, apprendre à vivre ensemble... Quel que soit le vainqueur, et le vaincu... Et ce jour-là, je te le promets, nous nous retrouverons !"

Ils purent rester quelques jours dans la ferme. Les paysans avaient prêté à Silvère des vêtements, et, ainsi déguisé, il leur donnait un coup de main.

Si la terre, l'hiver, se reposait, les hommes, eux, devaient encore travailler. Ils profitaient de cette période pour réparer les outils et les bâtiments, préparer les prochains labours, trier les semences. Et les bêtes, hiver comme été, requéraient les mêmes soins. Silvère, heureux de se dépenser, et de découvrir des gestes qu'il ne connaissait pas, donnait la main à tout et se révélait un apprenti attentif et habile, au point que le père Chaillou – c'était le nom du paysan– ne tarissait pas d'éloges.

Il avait fini par vaincre sa méfiance, et interrogeait maintenant familièrement le jeune homme, en qui il retrouvait un fils disparu.

"Pour un bourgeois, disait-il, vous ne vous débrouillez pas mal..."

Si l'homme, la plupart du temps, parlait en français, il lui échappait parfois des expressions d'un patois vendéen, surtout lorsqu'il parlait avec sa femme et ses filles. Silvère n'y comprenait pas grand-chose, mais il retrouvait des mots, des tournures, des inflexions qu'il avait déjà entendus dans la Sarthe.

"En somme, se disait-il, ici le pays n'est pas si différent..."

Marie, bien soignée et surtout rassurée, reprenait rapidement des forces. En deux jours, elle put se lever. La mère Chaillou lui confectionna un costume de paysanne avec de vieux vêtements de l'une de ses filles. On lui trouva même des galoches, qu'il fallut bourrer de tissu pour qu'elles lui tiennent aux pieds.

Au soir du 3 Nivôse, la veillée se prolongea plus tard que de coutume ; chacun avait soigné sa toilette ; le père arborait une belle veste de laine noire, tandis que la mère Chaillou et ses deux filles portaient une coiffe d'un blanc éclatant, impeccablement tuyautée. Silvère se souvint alors qu'on était à la veille de Noël. Il en eut un pincement au cœur.

Il n'aimait pas cette fête, surtout depuis qu'elle avait perdu pour lui la magie de l'enfance. Il se souvenait, autrefois, la famille rassemblée, la procession dans la neige jusqu'à la cathédrale illuminée... Mais le dernier Noël, il l'avait vécu dans la solitude et le deuil. Privé d'Emeline, séparé de sa famille. Et, quelques mois plus tard, son père était mort sans qu'il l'eût revu. Et lui-même avait rejeté, de toute la force de sa jeune conviction, ce qu'il appelait les "mômeries" du fanatisme. Noël ne représentait plus rien pour lui, qu'un rappel terriblement nostalgique d'un passé mort.

Un moment, il vit que tout le monde le regardait d'un air un peu hésitant. Marie se pencha vers lui :

– Silvère... Je sais que tu es hostile à tout cela, et je ne te demande pas d'y participer. Mais pour nous, la messe de Minuit est une cérémonie importante...

– La messe de Minuit ? Mais... C'est interdit !

– Certes... Mais tu devines...

– Je ne veux rien savoir de plus. Cela ne me regarde pas. Vous allez vous promener en pleine nuit... Soit ! Je préfère rester au coin du feu !

– Merci. Ce ne sera pas long...

– Soyez prudents, grommela-t-il."

Il lui fallut attendre environ deux heures, qui lui parurent interminables. Où étaient-ils ? Sans doute dans quelque grange... Un prêtre, sûrement un réfractaire, caché durant des mois de ferme en ferme, avait dû resurgir. Combien étaient-ils ? Une vingtaine, une centaine ? Plus ? Il imaginait sans peine la ferveur des prières, dans l'air glacé, à la lueur tremblotante des torches... Et dehors, des hommes, à tour de rôle, qui faisaient le gué, le fusil à la main...

Et c'étaient ces gens-là, ces paysans, qu'on avait voulu délivrer de leur servage, des corvées, des droits exorbitants de la Noblesse et du Clergé... C'étaient eux qu'on avait voulu libérer de cette nuit terrible de l'obscurantisme... C'était pour eux qu'on avait fait toute cette grande révolution, qu'on avait décapité le Roi, déporté les curés, aboli la tyrannie ! Et ils cachaient leurs prêtres, suivaient leurs nobles, réclamaient un Roi ! C'était à n'y rien comprendre !

Marie et son frère étaient nobles. Il était assez naturel qu'ils aient voulu préserver des privilèges, dont pourtant ils ne semblaient guère jouir... Ils n'étaient pas très riches, mais pouvaient avoir agi par solidarité de caste. Mais les paysans ?

La Révolution avait aboli les corvées, les impôts indirects, la taille, la gabelle, la dîme, tout ce qui les écrasait ! Elle avait confisqué leurs terres aux moines et moinesses de tout poil, aux nobles, pour qu'eux, les paysans puissent les racheter ! Désormais, chacun pouvait chasser librement, produire et vendre son vin sans rien demander à personne ! Et quand on leur demandait de défendre la République contre leurs ennemis de toujours, ils ne bougeaient pas, pire, ils se retournaient contre leurs sauveurs !...

"Peut-être aurait-il fallu agir plus lentement, songeait Silvère. Leur apprendre progressivement à reconnaître les mensonges de l'Eglise, les crimes de la royauté... Tout est allé trop vite, ils n'ont pas eu le temps de s'y retrouver... Mais pouvions-nous faire autrement?" Il y avait un tel fossé entre les gens des villes et ceux des campagnes... L'idée du journal le reprit ; oui, cela eût été magnifique, faire pénétrer, doucement, les idées nouvelles au cœur de chaque métairie, de chaque bordage, grâce à une feuille toute simple, très claire, qui serait lue en famille, à la veillée... Allons ! Il n'y fallait plus songer.

Lorsqu'elle revint, Marie semblait rayonnante. Le froid lui avait mis du rose aux joues, et Silvère se dit qu'il ne l'avait jamais vue si belle. Et il se mêla, sans façons, au repas tout simple, mais joyeux, qui se prolongea tard dans la nuit.

NOTES :

  1. Le mois de Nivôse an II va du 21 décembre 1793 au 19 janvier 1794.

  2. 18 octobre 1793

  3. "pataud" : c'est ainsi que l'on désignait, de manière péjorative, les "patriotes", c'est à dire les Républicains.