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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 16:14

Il paraît qu'il est extrêmement mauvais de mentir aux enfants, et de leur faire croire que le Père Noël existe.

Les plus virulents contempteurs du charmant bonhomme rouge sont... les catholiques intransigeants ! Il y a là comme un léger paradoxe...

Mais peut-être n'ont-ils pas tort de se méfier. Et si un enfant, à qui l'on a dû avouer que le Père Noël n'existait pas, se mettait tout à coup, à remettre en cause toutes les fadaises dont on l'abreuve ? Et s'il décidait de penser par lui-même, et de se passer une fois pour toutes non seulement du Père Noël, mais de toutes les formes d'opium du peuple ?

Car enfin, le principe même du Père Noël, c'est qu'à un moment, on apprend à s'en passer : c'est ainsi que l'on grandit.

Et n'est-ce pas plutôt cela qui gêne nos moralistes chagrins : une croyance à laquelle on apprend à renoncer ?

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 13:09

Projetons-nous dans quelque 3500 ans. Des archéologues, explorant la rive sud de la Méditerranée et le proche Orient, découvriront que durant quelques décennies, toute la vie sociale et économique semblait s'organiser autour de somptueux palais ; ils y découvriront des œuvres d'art, des bijoux, une magnifique architecture de marbre et de matières précieuses... A Tripoli, comme au Caire ou à Tunis, des "rois" ou des "empereurs", dont les noms, mi-réels mi légendaires seront peut-être parvenus jusqu'à eux, régnaient sur des contrées plus ou moins vastes, et concentraient toutes les richesses du pays.

Et, vers la fin de la période, l'insécurité avait commencé à régner : on trouvera trace de souterrains et de bunkers, certains complètement vides, d'autres ayant peut-être servi de refuge, ou de prison.

Et puis soudain, sur une période allant de quelques mois à quelques années, tous ces palais auront été détruits, pillés. On trouvera également des traces de migrations massives vers les côtes italiennes et grecques, tandis que s'installera une longue période de trouble, qu'on assimilera à un "Moyen-Âge".

Et comme les Archéologues auront trouvé, parmi les décombres, quelques traces d'armes venues manifestement des États-Unis ou de France, et quelques inscriptions vengeresses dénonçant "le complot de l'étranger", on en concluera à une vague d'envahisseurs venus de la mer... ou du ciel.

Tout ceci ne vous rappelle rien ?

Mais si, bien sûr ! Remplacez Tripoli et Tunis par Mycènes et Pylos, projetez-vous, cette fois, 3500 ans en arrière... et vous assistez, comme si vous y étiez, à la chute de la civilisation palatiale et aux prétendues invasions doriennes. De la même façon, l'on a trouvé des armes et des objets étrangers dans les palais détruits, mais pas trace d'envahisseurs étrangers ; des migrations massives, et un changement brutal de régime...

En Grèce, la destruction des palais fut peut-être aussi de nature révolutionnaire ; épuisés par leurs luttes incessantes entre eux, les "rois" devenus d'insupportables tyrans ont été balayés. S'en est suivie une longue période mal connue, que l'on a appelée, faute de mieux, "les siècles obscurs" ; mais c'est de ces siècles que sont nés l'écriture, la poésie épique, le monde de la cité, la plupart des grands sanctuaires, l'art orientalisant puis archaïque... Et aussi la pensée rationnelle et scientifique, la démocratie, la justice et le droit écrit !

Je souhaite de tout cœur que les "Printemps arabes" soient finalement aussi féconds !

Mais peut-être, peut-être renoueront-ils avec leur passé grec, en particulier en Égypte et en Libye, surtout en Libye, où l'histoire officielle semblait avoir commencé en 1970, et où l'on avait quelque peu oublié Cyrène et la Tripolitaine ?

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 16:19

Les foules m’effrayent.

 

Toutes les foules : celles, joyeuses, des stades et des fêtes ; celles, exaltées, des meetings et des cérémonies ; celles, furieuses, des manifestations…

 

La foule, ce n’est plus une collection d’individus, chacun doté d’une raison, d’une initiative personnelle, et, bien sûr, d’un minimum d’esprit critique. C’est un corps unique, monstrueux, aux réactions imprévisibles…

 

L’on peut faire, dans la foule, des gestes dont on se garderait ailleurs : hurler des slogans imbéciles (tout slogan, par définition, est imbécile : formules toutes faites, forcément injustes et fausses… le mot, paraît-il, signifie « cri de guerre ». C’est dire.), chanter, sauter sur place, se mettre à courir ou s’arrêter sans rime ni raison… Cellules, privées d’autonomie,  d’un gigantesque organisme, nous agissons de manière automatique… ayant perdu toute pudeur et tout sens du ridicule. Jusqu’à l’horreur, parfois : combien sont morts, écrasés dans un mouvement de panique ? Chaque année, à la Ka’aba de la Mecque, l’on compte plusieurs centaines de victimes… Et tout récemment, lors de la Love Parade de Duisburg, on a relevé trente-neuf morts, écrasés lors d’un mouvement de panique dans un tunnel…

 

Même si je suis à peu près immunisée contre les exaltations collectives (on ne me fera jamais chanter ni hurler en chœur !), j’ai parfois senti au fond de moi, en de telles circonstances, une dangereuse exaltation Heureusement, un sens aigu du grotesque me servit toujours d’antidote : et immédiatement, je me sentis extérieure, étrangère à cet enthousiasme général, tellement artificiel…

 

Mais ce qui m’effraie le plus, c’est le spectacle de foules en colère, galvanisées par les hurlements hystériques d’un orateur quelconque : sautant sur place, poing dressé, chacun n’est plus alors qu’une bête furieuse prête à tuer, un soldat de n’importe quel Djihad, capable de lyncher l’ennemi qu’on lui aura désigné…

 

Le seul antidote au fanatisme, de quelque bord ou de quelque religion qu’il soit, c’est l’isolement de l’individu avec lui-même. C’est pourquoi politiques et religieux s’acharnent tant à rassembler le maximum de monde, dans les mosquées, les églises, ou les places publiques…

 

Brassens l’anarchiste avait raison :

« Bande à part, c’est ma devise et j’y tiens. Dès qu’on

est plus de quatre, on

est une bande de cons… »

 

Vive l’anarchisme ! Et surtout, vive l’individualité…

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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 16:14

Cher Monsieur Michel Onfray,

 

Votre philosophie m’apporte, en général, plaisir, tonus, accord parfait. Votre définition de l’hédonisme m’agrée, même si je peine épouvantablement à la mettre en œuvre (mais la faute ne vous revient pas. Elle est toute entière de mon côté, parce qu’il n’est pas si facile d’être « sculpteur de soi », que la matière résiste, que les instruments sont parfois mal adaptés, et que l’artiste se fatigue ou renonce… Tout le monde n’a pas, comme Camille, la rage de travailler le marbre-onyx !).

Pourtant, il y a un point qui m’irrite, sur lequel je ne puis être d’accord avec vous.

Vous condamnez la famille (soit), la sexualité réduite à la procréation, elle-même subordonnée à la propagation de l’espèce (d’accord), et le couple, que vous jugez mortifère, aliénant, et pour tout dire insupportable et contraire à un hédonisme bien compris.

 

Et là, comme on le dit vulgairement, « ça coince ». Vous prônez en somme un nomadisme de monade, un célibat solaire, ou du moins ensoleillé de rencontres… à condition que celles-ci ne s’installent pas dans la durée, dans la routine. Peut-être suis-je, personnellement, incapable de telles rencontres, et condamnée donc à une effroyable solitude ? Quoi qu’il en soit, le désert affectif, l’absence d’attache peuvent-ils  être, à la longue, épanouissants ?

 

Vous décrivez le couple comme une prison. Ce n’est pas mon expérience, si réduite soit-elle. Oh ! Bien sûr, trop de couples fonctionnent ainsi, chacun estimant que l’autre lui appartient, et n’a donc pas droit à une existence autonome ; chacun vivant dans la frustration et les rancœurs, toujours plus amères et plus recuites, jusqu’à la haine… Trop aussi confondent les relations de couple avec celles d’un maître et de son valet, ou de son chien ; trop de gens mariés vivent une existence morne, terne, sans estime ni amour réciproques… ne restant ensemble que « pour les enfants », « pour les voisins » ou pour toutes sortes de mauvaises raisons…

 

Mais il y a aussi d’autres manières de vivre en couple ; dans le respect et l’estime, et aussi, ne vous en déplaise, dans la tendresse ; lorsque chacun sait, à l’égard de l’autre, établir cette intersubjectivité cordiale et positive dont vous parlez, lorsque chacun respecte la liberté de l’autre, son autonomie, son désir, parfois, d’être seul ou d’aller ailleurs ; lorsque l’on ne vit pas ensemble comme des frères siamois, mais comme des êtres libres ; lorsque l’on est capable de construire ensemble des projets, de partager des joies, des peines, des découvertes, lorsque se parler demeure le plus grand des plaisirs… lorsque l’on se sent libre, et pourtant encouragé, aimé, attendu… le couple peut-il vraiment être dit mortifère ? Sincèrement, je ne crois pas.

 

La solitude, je l’ai connue. Être seul face à son miroir, sentir l’effrayante vacuité des jours, lorsque personne ne vous attend, que pas une de vos sensations, de vos découvertes, de vos impressions n’intéresse qui que ce soit, que toute expérience perd son sens… alors surgit la tentation d’aller au bout du chemin, et, néant pour néant, d’en choisir un qui du moins abolit la souffrance !

 

Et l’amour ? C’est vrai, un couple comme celui que je décris plus haut ne peut guère se fonder sur la passion amoureuse, trop exclusive, trop possessive, trop destructrice aussi. Mais une telle passion ne dure pas, ou si elle dure, elle s’accommode mal de la cohabitation quotidienne. Il faut plutôt un amour-amitié, qui puisse le cas échéant accepter de partager, de s’éloigner, d’attendre. Quand la philia prend le relais d’Érôs…

 

Il y a de vieux couples, tels Philémon et Baucis, qui ont su préserver l’harmonie et la complicité – encore un mot que vous n’aimez pas ! Philémon n’a-t-il jamais culbuté quelque belle fille sur une botte de paille ? Baucis n’a-t-elle jamais succombé au charme vénéneux de quelque bel ouvrier ? Si, sûrement, et tous deux le savent. Mais ces amours-là ne durent pas ; ils se sont retrouvé, ont apaisé leurs blessures, et ont trouvé entre eux une harmonie où chacun se sente libre mais non pas seul. Et au soir de leur vie, ils rêvent d’une mort qui ne les sépare pas – aucun d’eux ne se verrait veuf…  Alors mieux vaut disparaître ensemble, dans une miséricordieuse métamorphose…

 

Finalement, je me refuse à rien condamner « en soi », ni la famille, ni le couple, ni la procréation – dès lors que règne la « philia », l’harmonie et le respect mutuel. Ce que je condamne, là comme ailleurs, c’est l’envie qui pourrit tout, la haine, la rancune, les relations de pouvoir, la négation de l’autre comme être autonome et libre, le mépris de ses aspirations, le goût de la possession et de la destruction, la jalousie qui transforme l’autre en objet, la mesquinerie, la violence, le viol. La famille, le couple en sont parfois un concentré, c’est vrai. Mais faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain, et rejeter un mode de vie qui en vaut un autre, sous prétexte que tant de gens l’ont gâché ?…

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