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Le blog d Artemisia L

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"Trois étages" d'Eshkol Nevo (2015)

"Trois étages" d'Eshkol Nevo (2015)

Trois étages, c'est la structure du bâtiment qu'habitent les couples qui sont les protagonistes de ce roman (et peut-être E. Nevo s'est-il souvenu de Perec ?) : au rez-de-chaussée, Arnon et son épouse Ayélet, qui ont deux enfants dont une petite fille Ofri, que gardent volontiers leurs vieux voisins de palier, Hermann et Ruth. Arnon, ancien militaire, est un jour persuadé que la fillette a été victime d'attouchements, sinon pire, de la part du vieil homme, et il n'aura de cesse de le confondre – jusqu'à commettre le pire : le harceler jusqu'à la mort, et violer la fille de celui-ci. Et si tout n'avait été qu'un malentendu tragique ?

Au second habite Hani, que l'on appelle "la Veuve", tant son mari est absent. Un jour frappe à sa porte Eviatar, le frère du mari, escroc recherché à la fois par la police et la pègre ; et celui-ci se montre un compagnon attentionné et un "oncle-gâteau" pour les enfants d'Hani... qui finit par craquer. Mais cela s'est-il réellement déroulé ? Ou bien l'a-t-elle imaginé, dans une sorte de délire venu tout droit de son hérédité (sa mère a fini folle, enfermée...)

Enfin, au troisième étage on trouve une vraie veuve, Deborah, juge d'instance à la retraite, obsédée par l'absence de son fils, un délinquant qui a renié ses parents trop rigides. Elle s'adresse une dernière fois à son mari défunt, Michaël, grâce à un vieux répondeur... et l'on assiste à sa libération progressive, de l'emprise mortifère d'un époux austère, de son propre carcan moral... Elle assiste à des manifestations, participe à un grand mouvement de protestation – et c'est d'ailleurs une surprise de constater que la société israélienne subit de tels soubresauts, de telles critiques internes – et finit, grâce à un homme rencontré là, par retrouver son enfant... et découvrir son petit-fils.

Trois étages, c'est aussi la figure que Freud a donné à l'âme humaine : le "ça" (et la pulsion morbide d'Arnon), le "moi" – la personnalité si hésitante, si troublée d'Hani, qui n'est pas sûre de ce qu'elle vit – et enfin le "surmoi", la conscience morale souvent écrasante, dont Deborah finit par se libérer...

Moins drôle, mais plus attachant que les Jours de miel, c'est un roman magnifique.