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Le blog d Artemisia L
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"Édouard Glissant, l'identité généreuse" de François Noudelmann (2018)

"Édouard Glissant, l'identité généreuse" de François Noudelmann (2018)

 

By YEHKRI.COM A.C.C. - Au pays de Glissant. Still at 14:02 min., CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=85529139

Quand un philosophe comme François Noudelmann rencontre un autre philosophe, de trente ans son aîné, comme Édouard Glissant, cela donne une magnifique biographie, documentée, mais surtout empathique.

Comment rendre compte de ce que fut Édouard Glissant, un "ogre", un "géant", mais aussi un homme attachant avec ses faiblesses et ses déchirures...

Au travers de cet homme et de cette œuvre protéiforme, multiple, à la fois poétique, philosophique, fictionnelle, c'est toute la richesse d'une pensée qui s'affirme, à la fois ancrée dans un territoire, la Martinique, et plus largement les Caraïbes, et ouverte sur le monde, le "tout-monde" pour reprendre l'expression du poète...

D'abord fasciné par son grand aîné, Aimé Césaire, il ne le suivit ni dans son acceptation de la départementalisation des Caraïbes, qu'il considérait comme une duperie, ni dans le concept de "négritude", qu'il estimait trop étroitement identitaire, et dans laquelle il refusa toujours de se laisser enfermer.

Poète, romancier, essayiste et philosophe, il revendiqua plutôt la notion de "créolisation", de "littérature-monde" par-delà les frontières, les cultures... tout en luttant de toutes ses forces pour que soit reconnue à sa juste valeur l'effroyable crime de l'esclavage et de ses conséquences. Une reconnaissance qui n'implique ni haine, ni vengeance : comme sut le faire Mandela en Afrique du Sud, le but est à la fois de dire la vérité du crime, et, celle-ci reconnue par les bourreaux ou leurs descendants, de rebâtir une société réconciliée.

Édouard Glissant, décédé en 2011, n'aurait sans doute guère apprécié la violence et la haine distillées aujourd'hui par certaines dérives des "dé-colonisateurs"...

Cette biographie, qui établit en contrepoint d'une chronologie rigoureuse des souvenirs personnels, mêle à l'admiration une tendresse quasi filiale ; elle se lit avec bonheur... et surtout, elle donne envie d'aborder l'archipel des œuvres de Glissant.