Un hôpital parisien, dans une capitale qui suffoque, en août 2003... Le narrateur de ce roman publié chez Actes Sud en 2005
, Ignacio, évoque son ami Youri, chirurgien comme lui, et la compagne de celui-ci, Joanna, dont il est amoureux. Youri joue un jeu étrange, de destruction et d'auto-destruction : il s'alcoolise au point de devenir ivre-mort, humilie sa compagne, la jette dans les bras d'Ignacio... pris dans une spirale de haine et de dégoût, de sa propre famille, de lui-même et des autres.
Joanna s'enfuit alors, à la recherche de ses racines vénézuéliennes, en remontant sur un vieux rafiot l'Orénoque, le grand fleuve mythique de l'Amérique latine... Le roman est construit en contre-point : un chapitre où Ignacio parle de son présent, de l'hôpital, du comportement de Youri, et de la catastrophe qui submerge les urgences, un autre où est décrit, à la 3ème personne, le voyage de Joanna, sa rencontre avec un vieux libraire, son embarquement sur le navire, l'orage qui secoue le bateau... Mais ce voyage est-il réel, ou simplement rêvé ? Le dernier chapitre, glaçant, nous ramène au réel et à la destruction.
C'est un roman fascinant, attachant, qui fait curieusement écho, ou plutôt annonce Mississipi solo, où là encore, remonter le fleuve, ou le descendre, permet de se retrouver soi-même... sauf qu'ici, ce sera un échec. Le voyage sera seulement fantasmé.