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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 19:30

Comment une belle et généreuse idée peut-elle tourner au cauchemar absolu ? C'est ce qui est arrivé au superbe projet architectural de Fernand Pouillon à Alger, la cité "Climat de France" ; et c'est ce que nous montre la belle exposition - photo et vidéo - de Stéphane Couturier, à l'hôtel des Arts de Toulon (juillet - septembre 2014).

Un beau projet, donc : une cité conçue comme une ville à part entière, autour d'un "forum", une immense place appelée Place des Deux cents colonnes, et dans laquelle 30000 personnes devaient vivre dans l'harmonie et la convivialité.

Quelques décennies plus tard, 55 000 personnes s'entassent dans une cité inhumaine et délabrée, où plus personne n'entre sans danger ; la place des Deux cents colonnes, loin de constituer un forum ou une agora - lieu de vie, d'échange - n'est plus qu'un espace vide que parcourent inlassablement des jeunes en mobylette ; partout la laideur, la misère, et un gigantisme quasi stalinien...

Stéphane Couturier est parvenu à entrer dans ce gigantesque ghetto ; à filmer et photographier des visages (presque exclusivement masculins : où sont les femmes ? Se terrent-elles chez elles, plus exclues encore que les exclus ?), et à donner à ce monde infiniment cruel et dur une sorte de beauté paradoxale, d'humanité...

Climat de France, une photo de Stéphane Couturier

Climat de France, une photo de Stéphane Couturier

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 19:44

L'histoire de l'art, cela peut, parfois, sembler rébarbatif ; mais Daniel Arasse, historien de l'art parmi les plus connus aujourd'hui, nous démontre le contraire, en particulier dans ce petit livre plein de charme, qui regroupe, sous une forme légèrement fictive, six études de tableaux particulièrement percutantes...

Nous découvrons, tout d'abord, que le Tintoret peut être comique, voire un tantinet coquin : si, dans Venus et Mars surpris par Vulcain, le pauvre Mars, réfugié sous une table, se trouve dans la position ridicule de l'amant de comédie, Vulcain ne l'est pas moins. Penché sur sa femme, il est littéralement fasciné par... son sexe, complaisamment montré ; et un miroir, en arrière-plan, montre la suite immédiate de l'action : Vulcain grimpe sur le lit et oublie ses griefs !...tintoret-mars-et-venus-surpris-par-vulcain

Puis D. Arasse s'intéresse à un charmant escargot de Bourgogne qui se promène, nonchalant mais les antennes dressées, sur le bord de l'Annonciation peinte par Cossa...

annonciation cossa-001

L'escargot, qui appartient à l'espace du spectateur, représente aussi la Vierge : on pensait qu'il était, comme elle, fécondé par la rosée...

annonciation cossa escargot

L'Adoration des Mages, de Brueghel, attire notre attention sur ce qui passionne le vieux roi mage Balthazar, myope et un peu gâteux : le sexe de Jésus ! Quant à Gaspard, le beau roi noir, il n'a pas besoin de voir pour croire... et il nous emmène dans le "Royaume du Roi Jean", mythique et attirant... quand on ne voyait pas encore le "bois d'ébène" dans les Noirs...

bruegel adoration mages

Le dialogue sur les cheveux de Madeleine me semble un peu moins réussi, plus lourd ; moins attrayants aussi les passages sur la Vénus d'Urbino (trop connue ?) ou les Ménines de Vélasquez...

Mais lire Daniel Arasse est un plaisir : le bonheur d'une érudition accessible, la joie de la (re)découverte...

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Artemisia L - dans Art
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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 20:05

Ce week-end s'achevait la 20ème édition de "Puls'art", la grande manifestation d'art contemporain qui enchante le Mans tous les mois de mai... Cette année, la pluie battante frappait les barnums dressés dans le jardin du Musée de Tessé - un beau lieu pour l'art !

J'ai aimé les frêles silhouettes d'Adrienne Arth, les images brumeuses de Berg, les paysages de Mireille Cornillon, et vérifié l'omniprésence du néo-expressionnisme, symptôme peut-être d'une société malade d'angoisse qui arpente ses cauchemars...

Mireille Cornillon

Mireille Cornillon

Mais la grande découverte, ce fut l'univers étrange et coloré d'Hermann Braun-Vega, peintre péruvien invité d'honneur du festival, et à ce titre présenté dans le Musée même.

Il y a un univers pictural sud-américain, une certaine manière de faire chanter la couleur, une sorte de fauvisme... Mais Braun-Vega, c'est surtout une extraordinaire culture picturale, un jeu parfois insistant sur les références, le mélange des univers, pour traduire un message social et politique... Ici, Ingres rencontre Picasso ; là, Œdipe, du même Ingres, répond au Sphinx en tournant le dos à des gamins jouant sur une plage ; on retrouve plusieurs fois, dans des contextes différents, l'auto-portrait solennel de Poussin...

Les époques s'entremêlent, le spectateur est sans cesse sollicité pour un jeu de réécriture...

braun-vega matisse

braun-vega oedipe

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Artemisia L - dans Art
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