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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 17:07

Si la plupart des poètes sarthois se fédèrent ou du moins se reconnaissent dans les associations existantes, tel n’est pas le cas d'Yves Mazagre, ce poète solitaire, qui ne veut appartenir à aucune chapelle.

Né à Toulon en 1927, Yves Mazagre, de son vrai nom Henry Lelièvre, fut médecin généraliste et gynécologue de1952  à 1989. Il fut également Maire adjoint du Mans auprès de Robert Jarrry,  délégué à l'action culturelle de 1977 à 1995. A ce titre, il fonda le « Forum Le Monde Le Mans », consacré à la philosophie, qui se tient chaque année au mois de novembre, ainsi que les « Carrefours de la pensée », davantage consacrés à des questions d’actualité, et dont il est le co-président..

 

L’œuvre d’Yves Mazagre est une œuvre de maturité ; s’il ne m’a pas été possible de trouver son premier recueil, Chair vive, publié chez Seghers, en revanche tous les autres s’échelonnent entre 1996 et 2002, alors que l’auteur était déjà âgé de soixante-neuf ans et avait abandonné la vie politique. Ainsi peut s’expliquer l’un des mythes récurrents de cette poésie : celui de l’agave, cette plante mystérieuse qui ne fleurit qu’une fois, au terme de sa longue existence. L'un de ses recueils s’intitule en effet L’Agave s’impatiente… mais les Considérations sur les déluges, paru en 2002, comportent déjà une partie dont le titre est « L’esprit des agaves », et cette métaphore court à travers toute l'œuvre.

 

S’il fallait qualifier d’un mot la poésie d’Yves Mazagre, nous pourrions dire qu’il s’agit d’une poésie du grand large. Par ses thèmes, tout d’abord : l’auteur revendique sa qualité de marin, comme en témoignent de nombreux poèmes, en particulier « Les Signes de la Mer » :

 

« Ils me pressaient de prendre la mer…

Robinson, Bougainville, Cook, Darwin, sans parler des autres migrateurs de mes pensées, m’annonçaient une route favorable.

Même mon père qui fut marin et me connaissait à peine – sans doute n’étais-je pas son meilleur fils.

 

Je me suis hissé sur les épaules de l’éléphant océan.

 

Il en est résulté d’étonnantes familiarités. [...] »

 

                                Le Royaume singulier, p. 58.

 

 

Yves Mazagre se fait le chantre des espaces marins, des îles, de leurs sortilèges parfois trompeurs ; dans une langue somptueuse et sensuelle, il évoque leur luxuriante végétations, et leurs habitants : des poulpes aux requins, des mérous aux méduses, c’est toute une vie qui s’anime sous nos yeux – une vie d’autant plus somptueuse qu’elle est menacée ; en effet la fin inéluctable de ce monde, la destruction causée par l’homme, l’horreur qui en résulte, obsèdent le poète : la beauté du monde est tragique.

Yves Mazagre a recours aux mythes, et tout d’abord à celui de Noé, qui constitue une constante de son œuvre : on le trouve tout d’abord dans « Noé, Journal du déluge », paru en 1998 dans le recueil Le Royaume singulier : Noé, le narrateur, un vieillard, dirige un navire en perdition sur un monde envahi par les eaux, d’où tout continent a disparu, et avec lui tout mouvement, toute lumière, toute couleur ; les hommes embarqués dans cette navigation immobile ne connaissent la beauté du monde antérieur que par de vieux livres trouvés dans les cales, et cette découverte leur cause une intolérable souffrance. Noé réapparaîtra dans L’Agave s’impatiente, dans lequel le poète nous propose de « Nouveaux fragments du journal de Noé. »

Dans le Royaume singulier, Yves Mazagre donne ensuite la parole aux poulpes, « têtes pensantes sur huit bras », qui ont connu le Déluge et lui ont survécu, mais ont manqué l’aventure de la vie terrestre ; leur royaume à présent est menacé par « l’espèce à deux jambes », les hommes.

D’autres mythes parcourent cette œuvre, par exemple celui de l’oiseau plongeur, qui donne son titre au premier recueil de 1996, et y figure dans la « Parabole du lac », ainsi que dans un texte intitulé « Une écriture d’une ardeur inexpliquée », que l’on retrouve dans la Théorie des impostures, en 2000 :

 

Une écriture d'une ardeur inexpliquée

 

Il y a quelque chose de difficile à comprendre dans l'ardeur des oiseaux plongeurs, quelque chose d'irrésistible et de brutal qui s'apparente à un cri.

 

Quand je parle d'un cri, c'est une image, ils ne se servent que rarement de leurs cordes vocales. Leur cri, ce serait plutôt ces milliers de milles qu'ils tracent au-dessus des océans dont ils savent pénétrer les deux faces du miroir.

 

Souvent, tout en planant ou battant mécaniquement des ailes, ils s'endorment car dans ces voyages ils ne se posent pour ainsi dire jamais.

 

Ni la faim, ni aucune nécessité sordide ne les poussent à quitter les rivages pour ces interminables périples

 

Où chaque palpitation de leur voilure inscrit un mot dans l'espace,

 

Une écriture issue des premiers balbutiements du vol des reptiles qui ne se déchiffre pas sans réflexion.

 

Savante à la longue dans la dialectique des vents, elle n'hésite pas à traverser les vertiges des cyclones de même que l'extrême confusion de ces calmes gigantesques où se mêlent le ciel et la mer.

 

Pantelante de tant d'oiseaux morts que porte l'oiseau vivant.

 

Est-ce une révolution grosse d'un monde nouveau qu'elle annonce dans les nuages ? Est-elle un geste simplement machinal et nullement symbolique dont la science n'ouvre sur rien, n'empêche rien de cette décomposition dont l'odeur ténue mais de plus en plus obsédante envahit l'air ?

 

Il n'est pas évident qu'elle ait un sens.

 

                    Yves Mazagre, La Théorie des impostures, Librairie-galerie Racine, coll. « La Pierre faillée », 2000, p. 9.

 

 

Si nous avons cité intégralement ce poème, c’est qu’il nous semble emblématique de l’œuvre d’Yves Mazagre : on y reconnaît en effet l’intérêt passionné du poète pour les créatures de la mer, le sens symbolique qu’il leur accorde – ainsi le vol de l’oiseau plongeur est-il à la fois un cri, une écriture dont il faudrait déchiffrer le sens… – et aussi le sentiment d’un monde en décomposition, qui avance inexorablement vers sa fin, comme en témoignent les dernières lignes.

 

Poésie du grand large aussi par son ampleur : Yves Mazagre rejette les formes étriquées ; son souffle déborde les limites étroites du vers. Non que celui-ci soit totalement absent ; on en trouve quelques exemples, dans L’Oiseau plongeur, p. 12 (« La Parabole du lac », un sizain composé de décasyllabes, octosyllabes, d’un hexasyllabe et d’un tétrasyllabe) et p. 31, court poème de seize vers libres, sans titre, évoquant l’effroyable bonace qui fige tout mouvement.  D’autres poèmes en vers figurent également dans les recueils suivants, afin de créer une respiration entre deux textes de plus grande ampleur.

Mais l’essentiel de son écriture s’apparente au verset, dont on peut voir un exemple dans le poème cité ci-dessus : de longues phrases rythmées, qui souvent débordent même l’espace de la strophe, avec parfois l’alternance de phrases plus brèves, averbales : « pantelante de tant d’oiseaux morts… » ; tandis que le poème s’achève sur une formule lapidaire – et décevante : « Il n’est pas évident qu’elle ait un sens ».

Les textes d’Yves Mazagre s’étendent donc largement, sur deux pages ou davantage ; ils s’apparentent assez souvent à un récit : c’est le cas, dans L’Oiseau plongeur, du « Monstre », suite de cinq poèmes dans lequel le criquet symbolise l’être humain, par son instinct grégaire et son caractère destructeur : le narrateur est un criquet doué d’une conscience… On retrouve ce caractère narratif bien évidemment dans le mythe de Noé, mais également dans bien d’autres poèmes, dont certains s’apparentent à une autobiographie fictive.

 

L’œuvre d’Yves Mazagre se place sous l’égide de Rimbaud, Lautréamont – souvent cité en exergue – ou encore Nietzsche.  C’est une poésie qui cherche à déchiffrer l’énigme du monde, de ses origines et de son destin ; une poésie qui interroge les mythes, mais dénonce l’imposture de la religion, avec une vigueur nietzschéenne :

 

« Oubliai-je qu'aux yeux de l'Eternel, fût-il un nouveau-né, voire un fœtus, nul ne saurait être innocent?

 

Et le plus monstrueux, c'est qu'avec le Nouveau Testament il décrète qu'il ne lui suffit plus que nous lui obéissions. Désormais il exige la plénitude de notre amour.

Mais comment pourrions-nous l'aimer, le sachant coupable du supplice de son fils, pitoyable victime qui par révolte et commisération s'était fait homme à notre image, et que par jalousie, il a monstrueusement abandonné au jardin des oliviers ?

Assassinat dont il a savouré le calice, tentant de nous convaincre que nos mains aussi s'étaient lavées dans ce sang. »

 

« Beauté de la nature et monstrueuse mauvaise foi de l’Eternel », in La Théorie des impostures, Librairie-galerie Racine, coll. « La Pierre faillée », 2000, p. 90.

 

Tel l’Ulysse de Dante – mais c’est plutôt à celui d’Homère qu’Yves Mazagre fait allusion dans Le Royaume singulier, revenu désabusé à Ithaque –, le voyageur tente d’atteindre la connaissance, de saisir le sens de l’univers qui s’offre à lui – un sens qui souvent se dérobe, comme en témoigne le dernier vers du poème « Une écriture d'une ardeur inexpliquée » cité plus haut.

 

Si la poésie d’Yves Mazagre présente une grande diversité de tons – on y trouve même une veine satirique, comme la trilogie du « bon temps » dans Le Royaume singulier, trois poèmes en vers très brefs où il accable de sarcasmes une jeunesse insouciante et mécanisée – l’essentiel demeure un lyrisme sensuel, qui aime les jeux sonores, les noms précis, voire savants (Yves Mazagre a été médecin, et l’on retrouve souvent un vocabulaire médical et scientifique dans ses textes), évocateurs d’une réalité riche et vivante ; un lyrisme fondé sur des images, des métaphores, et touchant même parfois au fantastique, comme dans « Les inséparables » (Le Royaume singulier, p. 46-47), dans lequel le narrateur se dit envahi par des animaux monstrueux, dont il ne peut se débarrasser qu’en les décrivant.

Le thème de l’écriture traverse également toute l’œuvre d’Yves Mazagre, comme en témoignent de nombreux poèmes tels que celui-ci :

 

Terres levées, nous avons découvert des douceurs nouvelles à la boulangerie des mots :

Mots miroirs, mots intimes, mots échangés, royaume du matin, mots offerts ou partagés, ils nous dédoublent sans nous confondre.

Leurs rumeurs, leurs murmures, leurs repas de fêtes nous reconnaissent et nous désignent à nous-mêmes,

Nous construisent désormais une grammaire plus sensible.

Nous façonnent un visage dans la multiplicité qui nous étouffe.

 

Notre émotion nous a créés.

C’était la seule solution. »

 

« Les Cartes heureuses »,  Le Royaume singulier, p. 64

 

Enfin, il s’agit d’une poésie en prise directe sur le réel, qui traite de problèmes d’aujourd’hui : la disparition de nombreuses espèces et la destruction de notre environnement (« Les Murs peints », dans L’Oiseau plongeur) mais aussi des allusions aux massacres du Rwanda, un adieu un peu mélancolique aux « Trois redingotes », Marx, Engels et Lénine, ou une célébration des jeux olympiques de Sydney, auxquels il consacre la seconde partie de la Théorie des Impostures en 2000, et Le Muscle et la poésie en 2002.

 

Si la collaboration avec le peintre sarthois Roger Blaquière aurait pu créer un lien entre Yves Mazagre et « Donner à voir » – Blaquière ayant travaillé, notamment, avec Michèle Lévy –, il semble cependant que le poète se tienne rigoureusement à l’écart de tout mouvement, aussi bien les avant-gardes dont le formalisme lui est étranger, que « Donner à voir » : d’ailleurs Yves Mazagre publie son œuvre dans les maisons d’édition parisiennes, Seghers d’abord, puis Le Milieu du jour, et enfin la Librairie-galerie Racine[1]. Par son lyrisme ample et sensuel, ses préoccupations métaphysiques et philosophiques, Yves Mazagre tranche singulièrement parmi les poètes sarthois ; farouchement indépendant, il ne participe guère aux manifestations organisées par l’une ou l’autre association, et s’il figure parmi les auteurs des « vingt-quatre heures du Livre », c’est au stand du Comité des écrivains du Maine… Yves Mazagre est donc bien un « électron libre » dans la poésie sarthoise.

 

Bibliographie :

·         Chair vive ( Pierre Seghers ) épuisé. L'auteur en possède quelques exemplaires.

·         L'oiseau plongeur ( Le Milieu du jour, 1996 )

·         Le Royaume singulier ( Lgr 23 rue Racine 75006 Paris, 1998 )

·         La théorie des impostures ( Lgr, 2000)

·         L'agave s'impatiente  ( Lgr, 2001)

·         Considérations sur les déluges (Lgr, 2002) illustré par Alain Breton

·         Thérèse (éditions de l'Amandier, 2004)

·         Suzanne (éditions de l'Amandier, 2005)

·         Protée (éditions de l'Amandier, 2007)

·         Sur le fil d'un présent continu / Iles flottantes,Illustrations de Pierre DUBRUNQUEZ, Préface de Gilles LAPOUGE

·         René Renais, préface de Roger-Pol Droit, images de Roger Blaquière, Alain Breton, Pierre Dubrunquez, Richard Rak, éditions de l'Amandier, 2009

      ·    La Lutte finale (Lgr, 2010)

      ·    Mise en gardeLa Lutte finale II (Lgr, 2011)


                  Ouvrages d'artistes :

 

  • Le Muscle et la poésie avec Roger Blaquière, 2000
  • Le Miroir des Bonobos avec Claude Ribot, 2002
  • Ulysse le consommateur avec Richard Rak, 2003  


[1] Fondée en 1980 par Guy Chambelland, la Librairie-galerie Racine publia également Serge Brindeau, et créa l’Association « Le Pont de l’Epée » pour la défense et l’illustration de la poésie. Son actuelle directrice, Elodia Turki, définit ainsi l’œuvre éditoriale de la LGR : « La LGR n'est ni une école qui dicte ni une avant-garde qui guide. Rejetant toute conception élitiste ou idéologique qui manierait le mépris et la censure, elle défend et respecte une large pratique de l'écriture poétique dans le cadre d'un droit fondamental de l'individu : le droit à l'être. Ses repères sont clairs et exigeants, tant dans son activité éditoriale que dans ses manifestations poétiques (ainsi du Festival de Poésie de Paris, lors du Printemps des Poètes). L'écriture poétique, plus qu'un jeu de mots ou d'émois, est une quête pour structurer son identité à son expérience intérieure, besoin vital et enjeu d'être pour un sujet, un autre et un monde plus réels et plus complets, unissant le sens du langage au sens de l'existence selon la liberté et l'authenticité de chacun : privilégier l'émotion, bien viser l'âme ou l'être, délivrer la beauté, dans la présence et la coïncidence du monde. Langage de l'être qui ne triche pas avec l'être, la poésie instruit l'authenticité émotionnelle de la vie. » (entretien accordé à Emmanuel Hiriart en janvier 2002, pour le site Muse :  http://muse.base.free.fr/musenta.)

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 16:19

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Après la déception de Potiche, nous avions envie de nous changer les idées.

Le très beau film de Bertrand Tavernier, avec Mélanie Thierry, Lambert Wilson, Grégoire Leprince-Ringuet, Gaspard Ulliel et Raphaël Personnaz ne nous a pas déçus, au contraire.

La jeune Marie de Mézières, amoureuse depuis son enfance d' Henri de Guise, est contrainte d'épouser le Prince de Montpensier. Bien vite, elle va être aimée par son mari, mais aussi par le duc, par son précepteur, le Comte de Chabannes, un homme plus mûr, en marge des guerres de religion et qui mourra lors de la Saint-Barthélémy, et même par le duc d'Anjou,futur Henri III. Et, ballottée de l'un à l'autre, jalousée, surveillée, trahie, elle apprend ce qu'il en coûte d'être une femme, dans ce XVIème siècle sanglant...

Éprise de liberté, fière, elle devra subir la loi des hommes : mariée de force, enjeu de rivalités qui la dépassent, jamais maîtresse de son destin...

La langue classique est magnifiquement rendue ; les costumes et les décors dessinent une France à la croisée des chemins. Nous assistons aux "enfances" de personnages dont l'histoire ne fait que commencer. Ainsi, le jeune Henri de Guise et le jeune duc d'Anjou sont encore amis, et vaguement rivaux dans le coeur de Marie. Mais le spectateur sait bien que le second fera assassiner le premier...

Il faut aller voir ce film magnifique, et puis relire la Princesse de Montpensier, la nouvelle de Mme de La Fayette...

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 16:09

Vendredi 12 novembre, aux Cinéastes, au Mans : une foule compacte attend avec impatience de voir Potiche, une comédie de François Ozon, avec Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Judith Godrèche, Karine Viard et Fabrice Lucchini. Nous sommes confiants : Le Monde en a dit grand bien.

Certes, ce n'est pas mal. Catherine Deneuve s'est manifestement beaucoup amusée avec Fabrice Lucchini, lui en patron macho d'une abyssale stupidité, elle en potiche finalement pas si cruche (quoique... sa métamorphose finale en Ségolène...).

Et puis les années 70, le disco, les pulls jacquard ! Et mes vingt ans !...

Cela ne suffit hélas pas à rendre hilarante une comédie quelque peu lourdingue, usée, et pour tout dire banale. Un festival de clichés (et l'anachronisme consistant à faire tenir à cette brute de patron les formules fétiches du sarkozysme commence à nous gonfler sérieusement plus qu'à nous faire rire. On en a vraiment soupé, de celui-là !...), et finalement assez peu d'esprit... L'ami Fabrice nous avait habitués à mieux.

Et puis, franchement... que diable venait faire cette pochade, certes rentable, dans la programmation d'un cinéma d'art et d'essai ???

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 17:15

Acteur dans "Joyeux Noël", Guillaume Canet est aussi le réalisateur de "Ne le dis à personne", dans lequel François Cluzet joue le rôle principal.

Il récidive ici, toujours avec François Cluzet, dans un film tragi-comique de presque 2 h 30, Les Petits Mouchoirs.

 

Au sortir d'une boîte de nuit, Ludo (Jean Dujardin), complètement bourré, se fait renverser en scooter par un camion de livraison ; conscient mais amoché, il se retrouve en soins intensifs. Ses amis défilent auprès de lui, puis décident de partir quand même en vacances, dans la maison de l'un d'eux, Max, en Gironde...

 

Et c'est un festival de petites mesquineries, de rancœurs, d'incompréhensions.

Max, en propriétaire survolté, parvenu odieux et mari soumis jusqu'au ridicule à une femme autoritaire et maniaque, vit très mal l'aveu de son kiné et néanmoins ami, Vincent, (Bruno Magimel), qui se découvre amoureux de lui ; lequel Vincent délaisse sa femme Isabelle... Éric, comédien raté, cache ses déboires amoureux tandis qu'Antoine, adolescent attardé, empoisonne tout le monde avec ses SMS à la femme qui l'a largué, Juliette, et qui finira d'ailleurs par lui revenir. Quant à Marie, ex-petite amie de Ludo, et accessoirement (très accessoirement !) travailleuse humanitaire, elle semble flotter  entre deux mondes, deux attirances sexuelles, deux histoires.

Tout ce petit monde se regarde le nombril, se charrie, s'épie, se dispute, sans trop penser, sinon de loin en loin, à l'ami absent qui finira par mourir tout seul dans son coin.

Un concentré de petite bourgeoisie égoïste et sans idéal ! Seul tranche un peu le régional de l'étape, en gros nounours bougon et le cœur gros comme ça, caricatural à force d'incarner un cliché vivant... Lui non plus, d'ailleurs, n'a pas vraiment une pensée pour Ludo, lui si prompt à faire des leçons aux autres, et qui saura bien faire un aller-retour express jusqu'à Paris... mais seulement quand il sera trop tard !

 

Les petits mouchoirs, c'est un monde qui se délite. L'amour s'effiloche, l'amitié ne résiste ni à l'absence, ni à la découverte de la différence. Et si parfois l'on sourit, on ressort de là un peu amer, un peu mélancolique...

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6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 15:59

Décidément, c'est aux scientifiques que l'on doit un magnifique renouveau des études classiques, et la renaissance de philosophes et savants grecs un peu oubliés. Après Carlo Rovelli, qui nous avait fait découvrir Anaximandre de Milet, c'est au tour de Pierre Brémaud, polytechnicien, diplômé de Berkeley et de Paris VI, professeur à Ulm, de nous faire connaître et apprécier Pythagore, dans un ouvrage qui vient de paraître aux éditions ellipses : Le dossier Pythagore (319 p). 

 

Nul grec ne fut plus souvent cité que Pythagore, et nul ne fut peut-être plus méconnu : fut-il le découvreur génial du carré de l'hypothénuse et du Nombre d'or, ou un chamane, pour ne pas dire un charlatan, qui défendait de manger des fèves, croyait en la réincarnation et se piquait de végérarisme ?

 

Hé bien, ma foi... les deux, mon capitaine !

 

Issu de l'orphisme, le pythagorisme s'exprima à travers les "acousmata", règles ou maximes souvent mystérieuses, de sens symbolique ; mais parmi celles-ci, bien malin qui pourrait dire celles qui proviennent de Pythagore lui-même, ou de ses disciples.

Mais Pythagore fut aussi un mathématicien : certes, le carré de l'hypothénuse était probablement déjà connu des Mésopotamiens ; mais il donna de ce résultat une démonstration géométrique convainquante. Certes, le nombre d'or (la proportion parfaite, la plus harmonieuse, en gros le rapport 5/8ème) donna lieu à nombre délucubrations : mais Pythagore en donna une définition mathématique satisfaisante.

 

Inspirateur d'un mouvement sectaire parfois quelque peu illuminé, Pythagore fut aussi l'inspirateur des esprits scientifiques et philosophiques les plus acérés, d'Empédocle à Platon, en passant par Kepler, Copernic et Newton. Pour cela, il mérite à la fois notre reconnaissance et notre intérêt.

Pierre Brémaud nous en dresse le portrait intellectuel, dans un ouvrage agréable, non dépourvu d'humour, et très bien documenté.

A lire absolument !

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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 20:14

La France de Sarkozy donne de plus en plus le pénible spectacle de l'équipe de France en Afrique du Sud : gangrénée par l'argent, arrogante, coachée par un entraîneur aveugle et haineux...

Pour la sauver, il a fallu aller au fond du désastre. Et alors tout changer. L'entraîneur, d'abord, sèchement remercié. Les joueurs, durablement écartés de la sélection...

Et cela repart. Doucement,difficilement. Mais du moins l'équipe de France a-t-elle retrouvé son coeur, et sa dignité. Et un peu son public.

 

La leçon est claire. Il faut jeter dehors l'entraîneur défaillant, et les joueurs. En clair : il faut sanctionner durement, et écarter durablement non seulement Nicolas Sarkozy, non seulement toute sa fine équipe de porte-flingues, les Hortefeux, les Besson, pour ne citer que les plus virulents... Mais aussi tous les autres, députés et sénateurs, les caïds arrogants comme les suiveurs passifs...

 

Nous avons un moyen simple, légal et gratuit pour cela : le vote. Plus encore que les manifestations qu'ils s'obstinent à ne pas voir, plus que les blocages économiques qui ne les feront plier - peut-être - qu'au prix de notre propre misère, le vote constitue le moyen le plus efficace d'en finir avec le Sarkozysme.

 

Ils ont déjà perdu les Régions, et bon nombre de grandes villes. En 2011, ils peuvent perdre les conseils généraux, et par voie de conséquence le Sénat. En 2012, ils peuvent perdre la Présidence de la République, et l'Assemblée nationale, si nous persévérons. L'UMP ne sera plus alors qu'un fantôme de parti, sans relais élu, sans grand moyen. Déjà les premiers signes d'inquiétude, les premières défections se font jour...

 

C'est de notre bulletin de vote que dépendra la fin de cet insupportable régime omni-présidentiel, et que les prochains élus redécouvriront les vertus et la nécessité de légiférer avec le peuple, pour le peuple, et non pas contre lui.

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 20:17

Deux couples se rencontrent : d'un côté Rachel et Frank, elle, (Marina Foïs), blonde, énergique, le type même de la femme d'affaire ; lui, joué par Roschdy Zem, plus simple, plus direct... De l'autre, Téri (Elodie Bouchez), une ancienne championne de gymnastique, et Vincent (Nicolas Duvauchelle)... Ce sont d'abord Rachel et Vincent qui se trouvent ; puis Rachel organise un dîner à quatre.

 

Et les deux couples tombent amoureux l'un de l'autre, s'échangent, se mélangent, inventant au fur et à mesure les règles d'un nouvel art de vivre. Et c'est un moment magique, de liberté, d'invention, de tendresse, qui culmine dans une extraordinaire scène d'amour à quatre dans un sac de farine, dans la maison de campagne prêtée père de Rachel...

 

Mais très vite aussi, l'atmosphère devient plus lourde ; les questions, les méfiances se font plus pressantes ; l'on se gêne, l'on se lasse, l'on voudrait que les autres s'éloignent...

Le quatuor se sépare, presque sans drame. Les couples originels se reforment.

 

Et la nostalgie s'installe, parce que cette parenthèse de liberté, c'est peut-être ce qu'ils ont vécu de plus beau.

 

Ce film-là m'a infiniment plus séduite que les Amours imaginaires ; parce qu'il y a un vrai scénario, avec des personnages qui ont une épaisseur, un vécu, un passé, un métier... alors que ceux de Xavier Dolan semblent flotter dans une adolescence prolongée ; parce qu'ils vont au bout de leur rêve, de leurs expériences, de leurs désirs, alors que les jeunes gens des Amours imaginaires semblaient toujours reculer devant toute forme de réalisation... Mais peut-être est-ce une question de génération ?

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 15:21

La rumeur faisait de ce film, oeuvre de Xavier Dolan, un tout jeune cinéaste de 21 ans, une perle, un miracle, en un mot un chef d'oeuvre. D'ailleurs, il avait été sélectionné pour "un certain regard" à Cannes...

Hélas, trois fois hélas ! Je n'y ai vu qu'une heure trente d'ennui.

Un "couple" d'amis, Marie et Francis, québécois jusqu'au bout des ongles, rencontrent au cours d'une soirée un beau gosse nommé Nicolas, statue d'Apollon animée... et qui, en deux phrases, laisse entendre qu'il n'est pas complètement dénué de cervelle, ce que la suite du scénario ne confirmera d'ailleurs pas.

S'ensuit l'éternelle histoire du trio amoureux... Nicolas va-t-il assister à une pièce de théâtre avec Marie, et Francis fait la gueule ; plaisante-t-il avec Francis, et Marie aussitôt se sent flouée...

Cette situation ultra convenue pourrait donner lieu à une fable charmante ; d'autant que nos trois "héros" ont des mines tout à fait regardables ; mais voilà : notre jeune auteur procède par collage de mini-plans succints, ignorant visiblement la syntaxe ; il intercale des parenthèses où l'on voit des personnages, qui n'ont rien à voir avec l'histoire, et qui racontent en gros plans leurs propres démêlés sentimentaux sur Internet, dont on n'a que faire.

Ajoutons des scènes à la limite du ridicule (Marie s'efforçant de courir dans la forêt en talons aiguilles, ou Nicolas et Francis se régalant de guimauve fondue sur un feu de bois, dans la plus pure tradition boy-scout), et un parler québécois quasi incompréhensible, et l'on a une idée de la lassitude qui prend le spectateur, après, disons, les vingt premières minutes...

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 14:41

Ils diront encore que la manifestation contre la réforme des retraites n'a attiré personne... que nous n'étions pas nombreux... que le mouvement s'essouffle, et que nous sommes désunis...

Mais nous savons bien, nous tous qui y étions, que la place de Pontlieue s'est remplie, d'un mouvement continu, de 13 h à plus de 15 h ; que la manifestation est partie vers 14 h 30, alors que les derniers n'étaient pas arrivés ; que le cortège a rempli l'avenue Jean Jaurès, la rue Nationale et la place de la préfecture ; que les derniers abordaient à peine l'avenue Jean Jaurès quand les premiers arrivaient au bout du parcours...

Et pourtant, nous étions un samedi. Et pourtant la météo avait annoncé des averses. Et pourtant le "forum jeunes", qui se tenait au même moment, nous avait enlevé presque tout le public des moins de 30 ans...

Alors, combien étions-nous ? et jusqu'à quand continuera-t-on de nier la réalité ?

manif 2oct (6)  manif 2oct (10)

 

manif 2oct (12)  manif 2oct (14)

 

manif 2oct (15)manif 2oct (11)

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 19:42

Aimez-vous Dürrenmatt ?  Pour ma part, j'ai adoré l'ironie féroce et la gaieté baroque de la Visite de la Vieille Dame.

J'ai donc découvert avec beaucoup d'intérêt un court roman policier de 1952 (traduit en français en 1961), Le Juge et son bourreau.

Dans un coin perdu du Jura suisse, un flic modèle est assassiné ; un vieux commissaire, très malade, enquête, aidé d'un jeune collègue plein d'ambition...

Dürrenmatt joue avec les conventions du roman policier : le flic de base qui découvre le cadavre effondré sur son volant n'a rien de plus pressé que de le pousser à la place passager et d'amener la voiture au commissariat le plus proche... sans que cela soulève beaucoup de protestations !

Par ailleurs, l'on apprend que la victime enquêtait, pour son compte et sous un faux nom, sur un notable du lieu plus ou moins barbouze, et qui se révèle au fil des pages comme une sorte de Fantômas, poursuivi par le vieux commissaire depuis un pari de leur commune jeunesse ; et finalement, le vieux policier mourant manipule tout le monde, y compris son jeune adjoint, et finit par le faire exécuter pour le seul crime qu'il n'ait pas commis : celui du policier...

Mais peut-on vivre encore, lorsque l'on a exécuté son plus fidèle ennemi, et avec lui sa raison de vivre ?

 

Le roman est distrayant, et suscite un sourire désenchanté sur le bien, le mal, la justice, la mort... L'on y retrouve un peu de l'humour noir de la "Vieille Dame"...

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